
Syndicat Indépendant et Autonome Solidarnosc
Plusieurs mouvements
syndicaux existent présentement en Pologne. Les deux plus importants
sont : la Convention Nationale des Syndicats (OPZZ), qui compte environ
700 000 membres et qui a son siège à Varsovie, et le Syndicat Indépendant et
Autonome Solidarnosc (NSZZ Solidarnosc) qui pour sa part, a un peu plus de 750
000 membres et dont la commission nationale se trouve à Gdansk. Pour le rôle
que ce dernier a joué au sein de l’histoire de la Pologne, c’est sur lui que le
texte suivant est basé. Je commencerai par donner un historique du mouvement
syndicaliste polonais qui mena à la création de Solidarnosc pour ensuite
expliquer le rôle qu’il joue aujourd’hui dans la société polonaise.
J’expliquerai par la suite la mission que s’est fixé ce dernier et finalement
la place qu’il occupe au niveau international.
Historique
En Pologne, les syndicats
sont actifs depuis les années 50. Toutefois, à l’époque, leur rôle était
beaucoup plus de nature sociale et orienté vers les besoins du personnel :
distribution de pommes de terre et d’oignons en hiver, répartition des places
en colonies de vacances, œuvres sociales. Ils étaient dominés par l’idéologie
communiste et incorporés au système totalitaire.
Quelques grèves ont eu
lieu entre 1950 et 1975 mais chacune d’entre elles se terminèrent dans la
violence et par des échecs. À partir de 1975, on commença toutefois à assister
à un revirement de la situation. En effet, la société civile polonaise était à
nouveau en phase de changement et, cette fois-ci, dans l’unité des mouvements
intellectuels, de l’Église Catholique et de la classe ouvrière. La première
véritable crise eu lieu en 1976 avec les émeutes à Radom et à Ursus. La
répression faite à l’encontre des participants à ces mouvements de contestation
mena à la création de plusieurs cellules d’opposition illégales dont la plus importante était le
Comité de Défense des Ouvriers (KOR). Le rôle que l’Église joua dans ces années
gagna également en importance, cette dernière se chargeant d’exprimer les plus
urgents besoins sociaux. La nomination d’un pape polonais en 1978 encouragea
également ceux-ci à forger leur propre identité et à reconnaître en eux une
force sociale. En avril 1979, lors d’une visite du Pape Jean Paul II à
Varsovie, ce dernier fit alors un discours qui, encore aujourd’hui, reste
célèbre. Il dit alors à la foule : « N’ayez pas peur »,
envoyant un message clair aux dirigeants communistes que le peuple polonais ne
reculerait devant rien pour prouver leur foi ainsi que l’amour qu’ils portaient
à leur pays.
C’est en 1980 que l’avenir de la Pologne se
décide. Une grève générale dans tout le pays se déclare, cette dernière
commençant dans
la ville de Gdansk, au nord du pays.
Lors de cette grève, le Comité de Grève Interentreprises (MKS) est créé, avec à
sa tête Lech Walesa (voir photo ci-contre). Il a pour mandat de négocier avec
le pouvoir central et de coordonner les revendications et les actions dans les
entreprises. Après plusieurs jours de négociations, une entente est conclue le
31 août 1980, date de création du « Solidarnosc ». Parmi les acquis
obtenus lors des négociations, il y a entre autre le droit de grève,
l’augmentation des salaires, la libération des prisonniers politiques, la
suppression de la censure et, le plus important, la reconnaissance du droit de
constituer des syndicats indépendants.
Le tout se déroule sans violence, grâce au contrôle exercé sur les
grévistes par les « leaders syndicaux » ainsi que par l’appui des
syndicats et des gouvernements occidentaux, qui, voyant les chars d’assaut et
les troupes russes se déplacer vers Varsovie grâce à leurs satellites,
sommèrent Moscou de calmer ses ardeurs.
En 1981, Walesa est nommé
à la tête de Solidarnosc. D’un côté, on peut sentir l’enthousiasme des polonais
provenant d’un vaste mouvement de libération. De l’autre, la hausse des prix, le désordre et les
nombreux échecs de pourparlers entre le Solidarnosc et le gouvernement
empêchent la société polonaise de progresser. C’est alors que le général Wojciech
Jaruzelski est nommé à la tête du gouvernement. Dans la logique d’un parti
totalitaire, ce dernier cumule les postes de premier secrétaire du parti, de
premier ministre et de ministre de la défense. Sans tarder, il décrète l’état
de guerre. Walesa ainsi que les principaux dirigeants de l’opposition sont
emprisonnés. Tous les droits des citoyens ont alors été réduits, les syndicats
suspendus et ensuite dissous, les grèves interdites et l’armée prit possession
des usines.
En 1982, le pouvoir en
place supprime officiellement les syndicats et de violentes manifestations
éclatent partout au pays, ces dernières visant directement le régime. Walesa
est alors libéré mais cette mesure est prise pour calmer les manifestants alors
que plusieurs autres « leaders » du mouvement de 1980 demeurent
emprisonnés.
En 1983, l’état de guerre
est annulé et l’on permet à nouveau au Pape de venir en Pologne. Il est
accueilli par une foule de plus de 2 millions de personnes qui non seulement
brandissent des drapeaux polonais mais également des bannières de Solidarnosc. Lech Walesa continue de diriger ce mouvement
syndical, illégalement. Et même si l’organisation s’était considérablement
affaiblie, elle continua d’informer ses membres par l’entremise de la
publication de périodiques et de bulletins. L’Église, encore une fois, soutint
le mouvement. C’est lors de cette année que Walesa reçoit, à la grande surprise
du peuple polonais, le prix Nobel de la paix. C’est la femme de Walesa qui doit
recevoir le prix, ce dernier n’ayant pas été autorisé à quitter le pays. Toutefois,
ce geste montra au monde entier que le peuple polonais n’était pas libre.
De 1984 à 1987, le régime
libère petit à petit ceux qui furent emprisonnés pour leur participation au
mouvement syndical. Lors de la troisième visite du Pape sur le sol polonais, en
juin 87, ce dernier s’exprima devant une foule de plus d’un million de
personnes à qui il dit : « Chaque jour je prie pour vous. Là-bas
à Rome et où que je sois je prie pour ma Mère Patrie et pour mes compatriotes.
Je prie particulièrement pour l’action du grand mouvement Solidarnosc ».
En 88, de nouvelles grèves éclatent et Walesa reçoit l’assurance que
Solidarnosc sera légalisé s’il calme les esprits. Son appel sera entendu par
toute la population et les grèves prirent fin, encore une fois, à Gdansk.
En 1989, sous le règne de
Gorbatchev en URSS, les dirigeants de Solidarnosc et le général Jaruzelski
signent un accord historique qui accorde, pour la première fois depuis la fin
de la deuxième guerre mondiale, des élections libres en Europe de l’Est. Les
élections permettent à 35% du Parlement d’être composé de députés non membres
du Parti unique. Solidarnosc remporte massivement le scrutin et l’un de ses
membres, Tadeusz Mazowiecki est nommé Premier ministre. Dès l’accession au
pouvoir de Solidarnosc, ce dernier se scinde en deux, le nouveau premier
ministre étant un partisan du courant proche du libéralisme occidental alors
que Walesa suit un courant plus populiste.
En 1990, le parti
communiste fût dissous et Lech Walesa, qui, jusqu’alors, avait été le chef du
mouvement syndical Solidarnosc, devint Président de la République de Pologne.
Actions
Depuis le début des
années 90, plusieurs actions furent prises par Solidarnosc et ce dernier fût
une figure très importante autant au
niveau social que politique. En effet, dès 92 le mouvement entra en
négociation avec le gouvernement pour faire adopter plusieurs changements au
sein de la structure socio-économique du pays, qui prit le nom de « State
Enterprise Pact ». Solidarnosc demanda un vote de non confiance découlant
de la lenteur de l’implantation des nouvelles réformes. En 94, lors d’une
campagne qui dura plus de 2 mois, il réussit à obtenir plus d’un million de
signatures pour l’adoption d’une constitution, rendant ainsi le document valide
pour être présenté devant le parlement. En 96, le syndicat décide de participer
aux élections parlementaires à travers l’Action Électorale Solidarnosc (AWS),
qui deviendra la branche politique du mouvement. Cette dernière remportera une
écrasante victoire en 97 et une deuxième au niveau municipal une année plus
tard. En 2001, avec les expériences négatives du syndicat en raison de son
engagement politique, et en particulier devant l’impossibilité d’exercer une
influence réelle sur les décisions du parlement et du Gouvernement, les
représentants de Solidarnosc ont décidé qu’ils devaient se retirer de
l’activité politique.
Aujourd’hui, les
représentants de Solidarnosc défendent les travailleurs au sein de la
Commission Tripartite des Affaires Sociales et Économiques, commission qui a
été conçue afin de permettre le dialogue social en Pologne. Elle est formée des
organisations syndicales, des employeurs ainsi que du Gouvernement et l’on y
négocie tout changement susceptible de « troubler » la paix sociale.
Le rôle que Solidarnosc aura à jouer au cours des prochaines années sera
primordial avec l’accession de la Pologne à l’Union Européenne depuis 2004.
Mission
La mission générale que
s’est fixé Solidarnosc et qui peut être consultée sur son site Internet, est de
défendre les droits, la dignité et les intérêts des membres. Plus
particulièrement le mouvement s’est donné comme mandat de :
1- Protéger les intérêts matériels,
sociaux, culturels ainsi que la santé de ses membres et de leur famille
2- Garantir les droits des travailleurs
à l’emploi, la rémunération, le bien être et la sécurité au travail
3- Mettre les efforts nécessaires pour
qu’il y ait une relation harmonieuse entre le patronat et les employés
4- Renforcer la famille et protéger la
vie de famille
5- Promouvoir et renforcer la démocratie
et les bonnes relations entre travailleurs
6- Garantir aux employés le droit
d’améliorer leurs qualifications
7- Protéger la culture et l’éducation au
sens large
8- Influencer les politiques sociales et
économiques
9- Faire preuve d’une attitude
patriotique active
10- Prendre des mesures de protection de
l’environnement
11- Élargir le savoir des membres
12- Combattre le chômage et assister les
membres au chômage
Afin de mener à bien sa mission, le syndicat se propose d’atteindre les objectifs
suivants :
1- Représenter ses membres devant les
employeurs, le gouvernement, les administrations fédérales, les gouvernements
locaux, les organisations sociales et les institutions
2- Conclure ou annuler des conventions
collectives entre le syndicat et les employeurs
3- Offrir des conseils juridiques et
intervenir dans les conflits employeur-employés
4- Organiser et gérer les manifestations
contre la violation des droits des employés et, dans les cas justifiés,
déclarer la grève
5- Initier et organiser une assistance
mutuelle entre les membres
6- Formation syndicale
7- Informer les membres sur les
activités du syndicat et publier les activités
8- Travailler en vue de garantir aux
membres et à leur famille des congés, de rencontrer leur besoin en logement, de
leur fournir un service de garde pour leurs enfants et de leur donner leur
juste part des bénéfices provenant du fond social
9- Supporter les initiatives pour
améliorer l’économie et développer la culture, l’éducation, la science et les
progrès technologiques
10- Effectuer des activités culturelles
et éducatives créant ainsi des conditions favorables à la relaxation et aux
loisirs
11- Coopération avec le gouvernement,
l’administration fédérale et les gouvernements locaux dans les limites
prescrites par la loi
12- Évaluer les conditions de santé et
sécurité au travail pour les membres
13- Coopération avec le système de santé
pour protéger la santé des travailleurs et de leur famille
14- Effectuer des recherches sur le
niveau de vie des travailleurs et sur le coût de la vie
15- Fournir une aide matérielle aux
membres
16- Établir une agence responsable de
remplir les tâches constitutionnelles
17- Créer les fonds suivants ayant des
objectifs précis : fond de grève, fond de formation, fond servant à
engager des experts en cas de besoin et un fond de chômage
Relations à l’international
Le NSZZ Solidarnosc
bénéficie de plusieurs alliances au niveau international comme le démontre la
liste suivante :
-
International Confederation of Free
Trade Union
-
Confédération
du Monde du Travail (WCL)
-
Confédération
Européenne des Syndicats (CES)
-
Commission
Syndicale consultative auprès de l’OCDE (CSC)
-
Secrétariat
Professionnels Internationaux
-
Organisation
Internationale du Travail (OIT)
Plusieurs autres associations au
niveau national sont également en vigueur, la plupart découlent des
organisations syndicales ayant vu le jour après leur division de NSZZ
Solidarnosc.
Bibliographie
http://www.solidarnosc.krakow.pl/france.htm
Autres liens utiles

Portrait réalisé par Frédéric Philippe dans le cadre du cours GIE 64375 « Relations humaines dans les affaires internationales », programme de MBA en gestion internationale de l’Université Laval, professeur Gérard Verna.