Le syndicalisme au
Vietnam

Sommaire
Le problème du syndicat
sous le régime communiste
Les
coopérations internationales

Situé en Asie du sud-est, le Vietnam est entouré du
golfe de Thaïlande, du golfe du Tonkin et de la mer de Chine méridionale. Frontalier
avec la Chine, le Laos et le Cambodge, le Vietnam occupe
une superficie de 329 560 km2 pour une population de 81,3 millions d’habitants
et sa capitale est Hanoi.
Principaux
indicateurs
|
Sources : FMI données Avril 2004, Banque
Mondiale, Oanda
L'économie
vietnamienne connaît une des croissances les plus vives de la zone asiatique.
Si le taux de croissance du PIB progresse d’année en année,.la
situation économique du Vietnam reste néanmoins difficile avec un revenu annuel
par habitant d'environ 400 USD. Sous l'impulsion des autorités, l'économie
vietnamienne essaie de passer progressivement d'une économie centralisée et
planifiée à une économie plurisectorielle fondée sur des mécanismes de marché.
L’histoire
du Vietnam est jalonnée de conflits qui ont forgé son identité nationale.
De l’an
939 à l’an 1859 après JC, le pays fut conduit par des dynasties. 1858 marque le
début de la colonisation française. En 1945, Ho Chi Minh
déclare l’indépendance du Vietnam qui se traduit, en 1946, par une tentative
française de rétablir son autorité et le début de la première guerre. Ce ne
sera qu’en 1954 que l’indépendance et la souveraineté seront données au pays.
Cependant, une deuxième guerre commence en 1956 contre les américains. En 1968,
l’intervention américaine atteint 500 000 G.I sur
place et 7 millions de tonnes de bombes auront été larguées, soit 3 fois plus
que sur toute l’Europe durant la deuxième guerre mondiale. Il faudra attendre
1973 et la signature des accords de Paris pour que les troupes américaines se
retirent. En 1976 le Vietnam est officiellement unifié et prend le nom de
république Socialiste du Vietnam. Saigon redevient Ho Chi Minh
ville (nom voté par la 1ère Assemblée Nationale en 1945).
Cependant,
la fin de la guerre ne signifiait pas pour autant la fin des conflits. Fin
1978, le Vietnam lance son armée à l'assaut du Cambodge. En trois semaines, le
pays fut occupé et les opposants aux Khmers rouges installèrent un gouvernement
pro-vietnamien. La Chine, inquiète de voir le Vietnam
s'affirmer comme la seule puissance régionale en Indochine, décida à son tour
d'intervenir. Le Vietnam participa à la chute des Khmers rouges au Cambodge et
ne retira ses troupes qu’en 1989. Durant ce temps, quelque 400 000 personnes
auraient fui le Vietnam, dont la majorité par la mer dans des conditions très
périlleuses (boat peoples). Les chefs d'Etat
européens et asiatiques restaurèrent alors leurs liens diplomatiques avec le
Vietnam et les entreprises étrangères, attirées par les bas salaires,
commencèrent à s'y implanter.
À la fin
des années quatre-vingt, les autorités vietnamiennes commencèrent à pratiquer
une politique d’ouverture économique. La nouvelle Constitution adoptée confère
au Parti communiste un rôle dominant au sein du gouvernement et des
institutions représentatives de la société comme en témoigne l’article 4 de la
Constitution :
|
1) Le
Parti communiste du Vietnam, détachement d'avant-garde de la classe ouvrière,
représentant fidèle des intérêts de la classe ouvrière, du peuple travailleur
et de toute la nation, adepte du marxisme-léninisme et de la pensée Ho Chi Minh, est la force dirigeante de l'État et de la société.
2) Toutes les organisations du Parti fonctionnent dans le cadre de la Constitution et de la loi. |
Le gouvernement
agit par l'intermédiaire du Front patriotique du Vietnam, qui regroupe partis
satellites, syndicats et organisations sociales. Le gouvernement vietnamien
autorisa les citoyens à créer des entreprises privées et l'Etat entreprit la
liquidation de nombreuses entreprises publiques. Depuis le début des années
quatre-vingt-dix, le Vietnam a entrepris une politique d’ouverture vers
l’Occident et un assouplissement de son système économique.
Aujourd’hui,
le Vietnam est en paix et tourné vers son développement. Membre de l'ASEAN et
de l'APEC, il a entamé des démarches de demande
d'accession à l'OMC.
Au
Viêt-Nam, les droits à la liberté syndicale sont constamment bafoués. A
l’exception de la Confédération Générale des Travailleurs (CGTV) créée et
contrôlée par le Parti Communiste Vietnamien (PCV), aucune autre organisation
syndicale indépendante n’est tolérée. Tous les travailleurs sont forcés
d’adhérer au Syndicat officiel, une organisation qui, en réalité, ne les défend
ni ne les représente. Ainsi, les violations de droits syndicaux comme de la
dignité des travailleurs sont fréquentes dans les ateliers et entreprises. La
Confédération Générale des Travailleurs du Vietnam rassemble l'ensemble des
syndicats provinciaux et locaux et représente 18 branches sectorielles.
Après le
lancement de la politique d'ouverture en fin 1986, le PCV a été obligé de
prendre en compte la différence entre les salaires dans le secteur étatique dont
la plupart des entreprises sont en situation de quasi faillite et le secteur
privé, bénéficiant des investissements étrangers. L'Assemblée Nationale a
adopté une loi fixant le niveau de salaire minimum pour l'ensemble du pays en
1993: 120.000 dong (soit 12 Dollars US), appliqué dans le secteur étatique et
dans d'autres professions libérales, petits commerçants, artisans. Alors que le
salaire minimum dans les entreprises en joint-venture avec capitaux étrangers
est de 350.000 dong (soit 35 Dollars US). Par ailleurs, les entreprises
étrangères sont soumises au respect d’un salaire de base particulier fixé
annuellement par le ministère du Travail.
En dehors
de l’aspect rémunération, les conditions de travail sont assez précaires :
·
Le
régime des congés payés est presque inexistant et n'est pas réglementé de
manière précise. Chaque entreprise a son propre statut qui présente des
différences importantes d'une entreprise à l'autre.
·
Les
règlements concernant l'hygiène et la sécurité sont rarement respectés[1].
La
création de syndicats au sein de chaque entreprise est laissée à l’initiative
du syndicat de la province où se situe l'entreprise ou du syndicat du secteur
d'activités auquel elle appartient, mais peut être aussi à l’initiative des
travailleurs. L'employeur a en outre l'obligation de favoriser, d’encourager et
de faciliter la création et le fonctionnement de syndicats au sein de son
entreprise. Toutefois, cette représentation syndicale est intégrée à un
ensemble pyramidal placé sous le contrôle du gouvernement, à la tête duquel se
trouve la CGTV des différentes provinces.
De ce
fait, nous pouvons le constater, si officiellement les entreprises ont le droit
de créer leur propre syndicat, ce dernier restera toujours sous le contrôle du
PCV. D’autre part, dans de nombreuses entreprises les membres des syndicats
craignent d'être mal vus et licenciés, c'est pourquoi la plupart des ouvriers
refusent d'être enrôlés dans un syndicat qui ne fait que surveiller les
ouvriers et rapporter à la direction. De plus, la plupart des ouvriers ne
savent même pas à quelle organisation s'adresser pour assurer la défense de
leurs intérêts.
Le problème du
syndicat sous le régime communiste
Si le PCV
a créé des syndicats (dans le but de mieux servir les desseins du parti plutôt
que défendre les droits des travailleurs), ce n'est qu’en 1995 que la Loi du
travail a été promulguée faisant état d’un décalage
entre la doctrine et la réalité.
En 1947,
Ho Chi Minh a signé le décret numéro 29 stipulant que
: « Le syndicat est une association formée dans le but de défendre les
droits des travailleurs dans le domaine professionnel ». En 1957 fut
promulguée la Loi sur les syndicats remise à jour en 1990.
Dans cette
dernière version, le PCV a bien précisé que :
« L'organisation syndicale est
une vaste organisation politique et sociale formée de manière volontaire par la
classe des travailleurs vietnamiens sous la direction du Parti Communiste
Vietnamien. L'organisation syndicale fait partie du système politique de la
société vietnamienne, le syndicat fait office d'école de formation au
socialisme pour les travailleurs ».
On ne peut
être plus clair sur ces définitions du syndicalisme sous le régime actuel.
Ainsi tous les membres dirigeants du syndicat sont des membres du PCV. Ils doivent
exécuter les directives du parti et ne défendent pas les droits des
travailleurs. Les sections syndicales dans les entreprises actuelles sont les
bras armés du PCV chargés de surveiller, d'encadrer et réprimer toute tentative
de rébellion. En conséquence, sous la direction unique du PCV, les travailleurs
vietnamiens n'ont connu que misères, exploitations et violations de leurs
droits les plus fondamentaux. Depuis 1986, pour se maintenir au pouvoir, le PCV
met en oeuvre une « politique d'économie de marché à orientation
socialiste ». Cependant, depuis l'application de cette politique, les
conditions de vie et de travail des travailleurs ne font qu'empirer :
·
Les
cadences de travail atteignent souvent 68h/semaine.
·
Les
normes de sécurité sont inexistantes : en 1996, 231 morts et 9530 blessés sont
reconnus dans 188 accidents enregistrés officiellement.
·
Les
travailleurs sont souvent humiliés, battus : c'est le cas d’entreprises
sous-traitantes comme Nike, où les directeurs frappent régulièrement avec une chaussure
à la tête des contremaîtres, car ceux -ci n'ont pas su tenir la cadence
imposée.
A travers
le panorama du travail que nous avons sommairement décrit ci-dessus, les
conflits sont inévitables, surtout après la politique d'ouverture économique
préconisée par le PCV dans le but d'attirer les investissements étrangers. Dès
lors, ce dernier ne peut plus contrôler la situation comme auparavant.
Actuellement, plus de la moitié des travailleurs est
employée dans des entreprises de direction étrangère. Cependant, devant la
multiplication des conflits sociaux, le parti hésite pourtant à intervenir
ouvertement par crainte d'être accusé de collusion avec les forces
capitalistes.
Selon la
présidente de la CGTV, Mme Cu Thi Hâu :
« Tout au long de sa longue période
de maturation, le syndicalisme vietnamien est toujours resté fidèle aux
intérêts du peuple et de la classe ouvrière. La CGTV a lutté pour
l'indépendance nationale et le socialisme. Elle a encouragé les travailleurs et
les a rassemblés au sein d'une organisation unifiée. Elle a été à l'avant-garde
des mouvements révolutionnaires et a écrit l'histoire glorieuse de la classe
ouvrière et de l'organisation syndicale du Vietnam ».
Le
syndicat a joué un rôle important dans les luttes pour l'indépendance nationale.
Il a rassemblé les ouvriers et les fonctionnaires dans la longue résistance
contre le colonialisme et l'impérialisme, avec comme point d'orgue la campagne
du printemps 1975 qui a enfin apporté la paix et la libération totale du pays.
Dans la
phase de Renouveau (Dôi moi), le syndicat a changé
l'orientation de ses activités pour les conformer avec la nouvelle tendance
économique. Les travailleurs sont des avant-gardes dans l'oeuvre
d'industrialisation et de modernisation du pays, et le contingent de syndiqués
augmente sans cesse, tant en quantité qu'en qualité.
Ces
dernières années, avec l'économie de marché à orientation socialiste, le
syndicalisme vietnamien a enregistré des résultats encourageants. Cependant, il
doit faire face à de nouveaux défis. En effet, le Vietnam est toujours un pays
pauvre, dont 76 % de la population vit de l'agriculture. Et le rassemblement
des travailleurs au sein de la CGTV n'est pas simple.
En outre,
plusieurs problèmes socio-économiques ne sont pas encore réglés comme la
politique de développement des composants économiques, les soins sanitaires,
les accidents de la circulation, les fléaux sociaux, la corruption, etc. Face à
cette situation, il est nécessaire pour la CGTV de se perfectionner et se
développer, sur la base de la constitution et de la loi, afin d'édifier une
classe ouvrière et des syndicats puissants.
Lors de
l'anniversaire de la CGTV, sa présidente, a appelé tous les syndiqués du pays à
oeuvrer pour réaliser avec succès les objectifs nationaux de développement
socio-économique. Ainsi, les instances syndicales intensifient-elles la
propagande et l'éducation pour élever la conscience politique, intellectuelle
et disciplinaire de leurs membres.
L’objectif
du syndicalisme vietnamien est d’avoir au moins un million de membres en 2008
et d'édifier des syndicats dans toutes les PME, dont le nombre est croissant.
Actuellement, le Vietnam est en pleine édification d'une économie de marché. Le
nombre de grèves s'accroît, notamment dans le secteur privé et les co-entreprises.
« Lorsque des grèves se produisent, les syndicalistes sont toujours
présents (…). Mais parfois, ils ne savent pas comment dialoguer avec le
patronat en vue de défendre les intérêts des employés et aider à régler les
litiges », souligne l’ILO.
Les coopérations
internationales
La CGTV
entreprend les liens avec 120 organisations syndicales nationales d'une
centaine de pays de par le monde, 30 organisations syndicales et organisations
non gouvernementales internationales et régionales.
A l'occasion
du 75e anniversaire de la CGTV (en juillet 2004), certaines organisations
syndicales internationales et d'autres pays ont adressé leurs félicitations à
la CGTV.
Ainsi, la
Fédération syndicale mondiale (FSM) a fait savoir que son organisation a
apprécié le soutien précieux de la CGTV accordé à la FSM et au mouvement
syndical mondial, ce qui a impulsé la lutte commune pour les intérêts des
travailleurs, pour la paix, l'indépendance nationale et le progrès social dans
tout le monde.
Les
relations de coopération entre les organisations syndicales du Vietnam et du
Laos s'intensifient et s'élargissent du ressort central jusqu'aux niveaux
provincial et sectoriel.
Il en est
de même avec le syndical national du Singapour (NTUC) et l'Union syndicale de
République de Corée (FKTU) qui ont souhaité poursuivre
leur coopération avec la CGTV dans l'intérêt des travailleurs.
De son
côté, Mme Greve, directrice du Bureau de
représentation de l'Organisation internationale du Travail (OIT) à Hanoi, a
pris en haute estime le rôle de l'organisation syndicale dans la protection des
intérêts des travailleurs du Vietnam, surtout dans la nouvelle conjoncture où
les secteurs de l'économie privée et ayant le fonds d'investissement étranger
ont tendance à se développer.
Lors
du 92ème Congrès de l'organisation mondiale du Travail (ILO) en décembre dernier, l’ILO
a félicité les efforts déployés par la CGTV dans la défense des droits
légitimes de travailleurs. Elle a renouvelé sa détermination d'aider la CGTV à former
des syndicalistes comme des cadres dans d'autres activités dans le but de
protéger les droits et les intérêts légitimes des employés.
·
Avec
la Chine
En Août
dernier, la CGVT a reçu la délégation de la Fédération panchinoise du syndicat
de Shanghai. Cette rencontre avait pour but d’intensifier les relations
d'amitié et de coopération traditionnelle dans le mouvement syndical pour
surmonter ensemble les épreuves de la conjoncture de la globalisation.
·
Avec
le Japon
Lors de la
21ème Conférence de la Confédération nationale des Syndicats du Japon
(ZENROREN), tenue en juillet dernier à Tokyo, la CGTV a affirmé qu’elle
intensifiera les relations de solidarité et de coopération avec la ZENROREN. En effet, le processus de libéralisation et de
mondialisation, la solidarité des forces de travail et des mouvements
progressistes dans le monde entier pour lutter contre l'envers de la
globalisation et protéger les droits des travailleurs constitue une tâche
majeure du mouvement syndical international.
Le travail
de la CGTV et les différentes coopérations de ces dernières années ont montré
un véritable effort en matière de protection des intérêts des travailleurs.
Pour les
tâches des années 2004 et 2005, le Premier ministre avait recommandé à la CGTV de
coordonner étroitement ses actions avec les ministères, les branches et les
autorités locales, en vue d'intensifier des mouvements d'émulation chez des
ouvriers, cadres, travailleurs, de concentrer la force de toute la société sur
le développement de l'économie. Un effort va être fait en matière d'éducation
des syndicalistes, notamment des ouvriers, en ce qui concerne les lois, leur
rôle, les relations entre les employés et les employeurs.
Ainsi dans
plusieurs établissements, les syndicats ont rempli correctement leur rôle de
protéger les droits et les intérêts légitimes des travailleurs tout en leur
fournissant un appui digne de confiance. Cependant, dans d’autres
établissements, surtout dans le secteur économique privé, l'organisation
syndicale n'a pas rempli cette tâche. Une nécessité s'impose donc :
déployer les efforts pour élargir les activités syndicales dans toutes les
composantes économiques.
Sources :
Ambassade de France au Viêt Nam : http://www.lmvntd.org
Vietnam net : http://www.vnanet.vn
Le courrier du Viêt Nam : http://lecourrier.vnagency.com.vn
http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/asie/vietnam.htm
http://membres.lycos.fr/vnworker/
Portrait réalisé par Vorburger Julia dans le
cadre du cours GIE 64375 « Relations humaines dans
les affaires internationales », programme de MBA en gestion internationale de
l’Université Laval, professeur Gérard Verna.
[1] Le Ngoc Quynh, ouvrière de
l'entreprise Mountech a déclaré qu'elle a été
contrôlée et obligée de s'inscrire afin de pouvoir aller changer ses serviettes
hygiéniques. Elle doit jusqu'à montrer ses serviettes au service de sécurité
pour prouver sa bonne foi. Les ouvriers n'ont droit qu'à 15 minutes de repos
par journée de travail. D'autres traitements dégradants ont été rapportés à la
presse : la direction a mis du ruban adhésif sur la bouche des ouvrières afin
de les empêcher de bavarder pendant le travail, ou les obliger de se tenir près
des toilettes pour les punir d'avoir mis trop de temps pour satisfaire leurs
besoins naturels. Les cas de négligence graves concernant des mesures de
sécurité dans les environnements à risque, comme la manipulation de déchets
toxiques, le travail en contact fréquent avec des produits chimiques sont
innombrables.