Le syndicalisme au Vietnam

 

 

Sommaire

Portrait du Vietnam

Données physiques

Economie

 

Historique

 

Le syndicalisme au Vietnam

Les conditions de travail

Le problème du syndicat sous le régime communiste

Les coopérations internationales

 

 


PORTRAIT DU VIETNAM

 

Données physiques

 

Situé en Asie du sud-est, le Vietnam est entouré du golfe de Thaïlande, du golfe du Tonkin et de la mer de Chine méridionale. Frontalier avec la Chine, le Laos et le Cambodge, le Vietnam occupe une superficie de 329 560 km2 pour une population de 81,3 millions d’habitants et sa capitale est Hanoi.

 

 

Economie

 

Principaux indicateurs

Indicateurs

2001

2002

2003

2004p

PIB (milliards U.S.$)

30,9

34,1

36,7

44,4

PIB par habitant (U.S.$)

393

428

454

537

Taux d'inflation

-0,4%

4%

3,2%

7,8%

Sources : FMI données Avril 2004, Banque Mondiale, Oanda

 

L'économie vietnamienne connaît une des croissances les plus vives de la zone asiatique. Si le taux de croissance du PIB progresse d’année en année,.la situation économique du Vietnam reste néanmoins difficile avec un revenu annuel par habitant d'environ 400 USD. Sous l'impulsion des autorités, l'économie vietnamienne essaie de passer progressivement d'une économie centralisée et planifiée à une économie plurisectorielle fondée sur des mécanismes de marché.

 

 

 

BREF HISTORIQUE DU VIETNAM

 

L’histoire du Vietnam est jalonnée de conflits qui ont forgé son identité nationale.

 

De l’an 939 à l’an 1859 après JC, le pays fut conduit par des dynasties. 1858 marque le début de la colonisation française. En 1945, Ho Chi Minh déclare l’indépendance du Vietnam qui se traduit, en 1946, par une tentative française de rétablir son autorité et le début de la première guerre. Ce ne sera qu’en 1954 que l’indépendance et la souveraineté seront données au pays. Cependant, une deuxième guerre commence en 1956 contre les américains. En 1968, l’intervention américaine atteint 500 000 G.I sur place et 7 millions de tonnes de bombes auront été larguées, soit 3 fois plus que sur toute l’Europe durant la deuxième guerre mondiale. Il faudra attendre 1973 et la signature des accords de Paris pour que les troupes américaines se retirent. En 1976 le Vietnam est officiellement unifié et prend le nom de république Socialiste du Vietnam. Saigon redevient Ho Chi Minh ville (nom voté par la 1ère Assemblée Nationale en 1945).

 

Cependant, la fin de la guerre ne signifiait pas pour autant la fin des conflits. Fin 1978, le Vietnam lance son armée à l'assaut du Cambodge. En trois semaines, le pays fut occupé et les opposants aux Khmers rouges installèrent un gouvernement pro-vietnamien. La Chine, inquiète de voir le Vietnam s'affirmer comme la seule puissance régionale en Indochine, décida à son tour d'intervenir. Le Vietnam participa à la chute des Khmers rouges au Cambodge et ne retira ses troupes qu’en 1989. Durant ce temps, quelque 400 000 personnes auraient fui le Vietnam, dont la majorité par la mer dans des conditions très périlleuses (boat peoples). Les chefs d'Etat européens et asiatiques restaurèrent alors leurs liens diplomatiques avec le Vietnam et les entreprises étrangères, attirées par les bas salaires, commencèrent à s'y implanter.

 

À la fin des années quatre-vingt, les autorités vietnamiennes commencèrent à pratiquer une politique d’ouverture économique. La nouvelle Constitution adoptée confère au Parti communiste un rôle dominant au sein du gouvernement et des institutions représentatives de la société comme en témoigne l’article 4 de la Constitution :

 

1) Le Parti communiste du Vietnam, détachement d'avant-garde de la classe ouvrière, représentant fidèle des intérêts de la classe ouvrière, du peuple travailleur et de toute la nation, adepte du marxisme-léninisme et de la pensée Ho Chi Minh, est la force dirigeante de l'État et de la société.

 

2) Toutes les organisations du Parti fonctionnent dans le cadre de la Constitution et de la loi.

 

Le gouvernement agit par l'intermédiaire du Front patriotique du Vietnam, qui regroupe partis satellites, syndicats et organisations sociales. Le gouvernement vietnamien autorisa les citoyens à créer des entreprises privées et l'Etat entreprit la liquidation de nombreuses entreprises publiques. Depuis le début des années quatre-vingt-dix, le Vietnam a entrepris une politique d’ouverture vers l’Occident et un assouplissement de son système économique.

 

Aujourd’hui, le Vietnam est en paix et tourné vers son développement. Membre de l'ASEAN et de l'APEC, il a entamé des démarches de demande d'accession à l'OMC.

 

 

 

LE SYNDICALISME AU VIETNAM

 

Au Viêt-Nam, les droits à la liberté syndicale sont constamment bafoués. A l’exception de la Confédération Générale des Travailleurs (CGTV) créée et contrôlée par le Parti Communiste Vietnamien (PCV), aucune autre organisation syndicale indépendante n’est tolérée. Tous les travailleurs sont forcés d’adhérer au Syndicat officiel, une organisation qui, en réalité, ne les défend ni ne les représente. Ainsi, les violations de droits syndicaux comme de la dignité des travailleurs sont fréquentes dans les ateliers et entreprises. La Confédération Générale des Travailleurs du Vietnam rassemble l'ensemble des syndicats provinciaux et locaux et représente 18 branches sectorielles.

 

 

Les conditions de travail

 

Après le lancement de la politique d'ouverture en fin 1986, le PCV a été obligé de prendre en compte la différence entre les salaires dans le secteur étatique dont la plupart des entreprises sont en situation de quasi faillite et le secteur privé, bénéficiant des investissements étrangers. L'Assemblée Nationale a adopté une loi fixant le niveau de salaire minimum pour l'ensemble du pays en 1993: 120.000 dong (soit 12 Dollars US), appliqué dans le secteur étatique et dans d'autres professions libérales, petits commerçants, artisans. Alors que le salaire minimum dans les entreprises en joint-venture avec capitaux étrangers est de 350.000 dong (soit 35 Dollars US). Par ailleurs, les entreprises étrangères sont soumises au respect d’un salaire de base particulier fixé annuellement par le ministère du Travail.

 

En dehors de l’aspect rémunération, les conditions de travail sont assez précaires :

 

·                    Le régime des congés payés est presque inexistant et n'est pas réglementé de manière précise. Chaque entreprise a son propre statut qui présente des différences importantes d'une entreprise à l'autre.

·                    Les règlements concernant l'hygiène et la sécurité sont rarement respectés[1].

 

La création de syndicats au sein de chaque entreprise est laissée à l’initiative du syndicat de la province où se situe l'entreprise ou du syndicat du secteur d'activités auquel elle appartient, mais peut être aussi à l’initiative des travailleurs. L'employeur a en outre l'obligation de favoriser, d’encourager et de faciliter la création et le fonctionnement de syndicats au sein de son entreprise. Toutefois, cette représentation syndicale est intégrée à un ensemble pyramidal placé sous le contrôle du gouvernement, à la tête duquel se trouve la CGTV des différentes provinces.

 

De ce fait, nous pouvons le constater, si officiellement les entreprises ont le droit de créer leur propre syndicat, ce dernier restera toujours sous le contrôle du PCV. D’autre part, dans de nombreuses entreprises les membres des syndicats craignent d'être mal vus et licenciés, c'est pourquoi la plupart des ouvriers refusent d'être enrôlés dans un syndicat qui ne fait que surveiller les ouvriers et rapporter à la direction. De plus, la plupart des ouvriers ne savent même pas à quelle organisation s'adresser pour assurer la défense de leurs intérêts.

 

 

 

Le problème du syndicat sous le régime communiste

 

Si le PCV a créé des syndicats (dans le but de mieux servir les desseins du parti plutôt que défendre les droits des travailleurs), ce n'est qu’en 1995 que la Loi du travail a été promulguée faisant état d’un décalage entre la doctrine et la réalité.

 

En 1947, Ho Chi Minh a signé le décret numéro 29 stipulant que : « Le syndicat est une association formée dans le but de défendre les droits des travailleurs dans le domaine professionnel ». En 1957 fut promulguée la Loi sur les syndicats remise à jour en 1990.

 

Dans cette dernière version, le PCV a bien précisé que :

« L'organisation syndicale est une vaste organisation politique et sociale formée de manière volontaire par la classe des travailleurs vietnamiens sous la direction du Parti Communiste Vietnamien. L'organisation syndicale fait partie du système politique de la société vietnamienne, le syndicat fait office d'école de formation au socialisme pour les travailleurs ».

 

On ne peut être plus clair sur ces définitions du syndicalisme sous le régime actuel. Ainsi tous les membres dirigeants du syndicat sont des membres du PCV. Ils doivent exécuter les directives du parti et ne défendent pas les droits des travailleurs. Les sections syndicales dans les entreprises actuelles sont les bras armés du PCV chargés de surveiller, d'encadrer et réprimer toute tentative de rébellion. En conséquence, sous la direction unique du PCV, les travailleurs vietnamiens n'ont connu que misères, exploitations et violations de leurs droits les plus fondamentaux. Depuis 1986, pour se maintenir au pouvoir, le PCV met en oeuvre une « politique d'économie de marché à orientation socialiste ». Cependant, depuis l'application de cette politique, les conditions de vie et de travail des travailleurs ne font qu'empirer :

·                    Les cadences de travail atteignent souvent 68h/semaine.

·                    Les normes de sécurité sont inexistantes : en 1996, 231 morts et 9530 blessés sont reconnus dans 188 accidents enregistrés officiellement.

·                    Les travailleurs sont souvent humiliés, battus : c'est le cas d’entreprises sous-traitantes comme Nike, où les directeurs frappent régulièrement avec une chaussure à la tête des contremaîtres, car ceux -ci n'ont pas su tenir la cadence imposée.

 

A travers le panorama du travail que nous avons sommairement décrit ci-dessus, les conflits sont inévitables, surtout après la politique d'ouverture économique préconisée par le PCV dans le but d'attirer les investissements étrangers. Dès lors, ce dernier ne peut plus contrôler la situation comme auparavant. Actuellement, plus de la moitié des travailleurs est employée dans des entreprises de direction étrangère. Cependant, devant la multiplication des conflits sociaux, le parti hésite pourtant à intervenir ouvertement par crainte d'être accusé de collusion avec les forces capitalistes.

 

Selon la présidente de la CGTV, Mme Cu Thi Hâu :

« Tout au long de sa longue période de maturation, le syndicalisme vietnamien est toujours resté fidèle aux intérêts du peuple et de la classe ouvrière. La CGTV a lutté pour l'indépendance nationale et le socialisme. Elle a encouragé les travailleurs et les a rassemblés au sein d'une organisation unifiée. Elle a été à l'avant-garde des mouvements révolutionnaires et a écrit l'histoire glorieuse de la classe ouvrière et de l'organisation syndicale du Vietnam ».

 

Le syndicat a joué un rôle important dans les luttes pour l'indépendance nationale. Il a rassemblé les ouvriers et les fonctionnaires dans la longue résistance contre le colonialisme et l'impérialisme, avec comme point d'orgue la campagne du printemps 1975 qui a enfin apporté la paix et la libération totale du pays.

 

Dans la phase de Renouveau (Dôi moi), le syndicat a changé l'orientation de ses activités pour les conformer avec la nouvelle tendance économique. Les travailleurs sont des avant-gardes dans l'oeuvre d'industrialisation et de modernisation du pays, et le contingent de syndiqués augmente sans cesse, tant en quantité qu'en qualité.

 

Ces dernières années, avec l'économie de marché à orientation socialiste, le syndicalisme vietnamien a enregistré des résultats encourageants. Cependant, il doit faire face à de nouveaux défis. En effet, le Vietnam est toujours un pays pauvre, dont 76 % de la population vit de l'agriculture. Et le rassemblement des travailleurs au sein de la CGTV n'est pas simple.

 

En outre, plusieurs problèmes socio-économiques ne sont pas encore réglés comme la politique de développement des composants économiques, les soins sanitaires, les accidents de la circulation, les fléaux sociaux, la corruption, etc. Face à cette situation, il est nécessaire pour la CGTV de se perfectionner et se développer, sur la base de la constitution et de la loi, afin d'édifier une classe ouvrière et des syndicats puissants.

 

Lors de l'anniversaire de la CGTV, sa présidente, a appelé tous les syndiqués du pays à oeuvrer pour réaliser avec succès les objectifs nationaux de développement socio-économique. Ainsi, les instances syndicales intensifient-elles la propagande et l'éducation pour élever la conscience politique, intellectuelle et disciplinaire de leurs membres.

 

L’objectif du syndicalisme vietnamien est d’avoir au moins un million de membres en 2008 et d'édifier des syndicats dans toutes les PME, dont le nombre est croissant. Actuellement, le Vietnam est en pleine édification d'une économie de marché. Le nombre de grèves s'accroît, notamment dans le secteur privé et les co-entreprises. « Lorsque des grèves se produisent, les syndicalistes sont toujours présents (…). Mais parfois, ils ne savent pas comment dialoguer avec le patronat en vue de défendre les intérêts des employés et aider à régler les litiges », souligne l’ILO.

 

 

Les coopérations internationales

 

La CGTV entreprend les liens avec 120 organisations syndicales nationales d'une centaine de pays de par le monde, 30 organisations syndicales et organisations non gouvernementales internationales et régionales.

 

A l'occasion du 75e anniversaire de la CGTV (en juillet 2004), certaines organisations syndicales internationales et d'autres pays ont adressé leurs félicitations à la CGTV.

 

Ainsi, la Fédération syndicale mondiale (FSM) a fait savoir que son organisation a apprécié le soutien précieux de la CGTV accordé à la FSM et au mouvement syndical mondial, ce qui a impulsé la lutte commune pour les intérêts des travailleurs, pour la paix, l'indépendance nationale et le progrès social dans tout le monde.

 

Les relations de coopération entre les organisations syndicales du Vietnam et du Laos s'intensifient et s'élargissent du ressort central jusqu'aux niveaux provincial et sectoriel.

 

Il en est de même avec le syndical national du Singapour (NTUC) et l'Union syndicale de République de Corée (FKTU) qui ont souhaité poursuivre leur coopération avec la CGTV dans l'intérêt des travailleurs.

De son côté, Mme Greve, directrice du Bureau de représentation de l'Organisation internationale du Travail (OIT) à Hanoi, a pris en haute estime le rôle de l'organisation syndicale dans la protection des intérêts des travailleurs du Vietnam, surtout dans la nouvelle conjoncture où les secteurs de l'économie privée et ayant le fonds d'investissement étranger ont tendance à se développer.

 

Lors du 92ème Congrès de l'organisation mondiale du Travail (ILO) en décembre dernier, l’ILO a félicité les efforts déployés par la CGTV dans la défense des droits légitimes de travailleurs. Elle a renouvelé sa détermination d'aider la CGTV à former des syndicalistes comme des cadres dans d'autres activités dans le but de protéger les droits et les intérêts légitimes des employés.

 

·                    Avec la Chine

En Août dernier, la CGVT a reçu la délégation de la Fédération panchinoise du syndicat de Shanghai. Cette rencontre avait pour but d’intensifier les relations d'amitié et de coopération traditionnelle dans le mouvement syndical pour surmonter ensemble les épreuves de la conjoncture de la globalisation.

 

·                    Avec le Japon

Lors de la 21ème Conférence de la Confédération nationale des Syndicats du Japon (ZENROREN), tenue en juillet dernier à Tokyo, la CGTV a affirmé qu’elle intensifiera les relations de solidarité et de coopération avec la ZENROREN. En effet, le processus de libéralisation et de mondialisation, la solidarité des forces de travail et des mouvements progressistes dans le monde entier pour lutter contre l'envers de la globalisation et protéger les droits des travailleurs constitue une tâche majeure du mouvement syndical international.

 

Le travail de la CGTV et les différentes coopérations de ces dernières années ont montré un véritable effort en matière de protection des intérêts des travailleurs.

 

Pour les tâches des années 2004 et 2005, le Premier ministre avait recommandé à la CGTV de coordonner étroitement ses actions avec les ministères, les branches et les autorités locales, en vue d'intensifier des mouvements d'émulation chez des ouvriers, cadres, travailleurs, de concentrer la force de toute la société sur le développement de l'économie. Un effort va être fait en matière d'éducation des syndicalistes, notamment des ouvriers, en ce qui concerne les lois, leur rôle, les relations entre les employés et les employeurs.

 

Ainsi dans plusieurs établissements, les syndicats ont rempli correctement leur rôle de protéger les droits et les intérêts légitimes des travailleurs tout en leur fournissant un appui digne de confiance. Cependant, dans d’autres établissements, surtout dans le secteur économique privé, l'organisation syndicale n'a pas rempli cette tâche. Une nécessité s'impose donc : déployer les efforts pour élargir les activités syndicales dans toutes les composantes économiques.

 

 

 

Sources :

 

Ambassade de France au Viêt Nam : http://www.lmvntd.org

Vietnam net : http://www.vnanet.vn

 

Le courrier du Viêt Nam : http://lecourrier.vnagency.com.vn

http://www.interex.fr

http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/asie/vietnam.htm

http://membres.lycos.fr/vnworker/

 

 

 

Portrait réalisé par Vorburger Julia dans le cadre du cours GIE 64375 « Relations humaines dans les affaires internationales », programme de MBA en gestion internationale de l’Université Laval, professeur Gérard Verna.

 

 



[1] Le Ngoc Quynh, ouvrière de l'entreprise Mountech a déclaré qu'elle a été contrôlée et obligée de s'inscrire afin de pouvoir aller changer ses serviettes hygiéniques. Elle doit jusqu'à montrer ses serviettes au service de sécurité pour prouver sa bonne foi. Les ouvriers n'ont droit qu'à 15 minutes de repos par journée de travail. D'autres traitements dégradants ont été rapportés à la presse : la direction a mis du ruban adhésif sur la bouche des ouvrières afin de les empêcher de bavarder pendant le travail, ou les obliger de se tenir près des toilettes pour les punir d'avoir mis trop de temps pour satisfaire leurs besoins naturels. Les cas de négligence graves concernant des mesures de sécurité dans les environnements à risque, comme la manipulation de déchets toxiques, le travail en contact fréquent avec des produits chimiques sont innombrables.