Syndicats et libertés au Yémen

                                                                                                                                 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                           

 

 

 

 

 

 

       

 

    Ali Abdullah Salleh, président du Yémen

 

 

 

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Bref historique et faits marquants

Le système syndical et les libertés au Yémen

·                   Le rôle de l’Etat

·                   Des restrictions fortes

·                   Le « droit » de grève

·                   La discrimination syndicale

·                   Paradoxalement, la situation des femmes s’améliore sur le marché du travail…

·                   L’aide occidentale et canadienne

Entretien

Sources

 

 

 

La situation syndicale au Yémen est relativement complexe. L’expression des libertés d’une manière générale est relativement limitée dans les faits, même si la législation évolue dans le bon sens. Pour avoir un aperçu de la situation syndicale actuelle, il est nécessaire de rappeler quelques faits historiques saillants. Cette mise en contexte est indispensable à la compréhension du phénomène de syndicalisation.

 

 

Bref historique et faits marquants

Ø      Les Britanniques ont mis en place un protectorat autour du principal port yéménite, Aden, au cours du 19ème siècle. Dans un souci de cohésion sociale, ceux-ci encouragent dès 1930 la mise en place de syndicats locaux, situation qui n’apparaît que bien plus tard sur l’ensemble du territoire. En conséquence, les syndicats deviennent légaux à Aden en 1942.

Ø      Suite aux grèves de 1948, le gouvernement britannique crée le Labor and Welfare Department et le Labor Advisory Board. Cependant, les travailleurs n'y sont pas représentés.

Ø      En 1953, les premiers syndicats apparaissent à Aden.

Ø      En 1956 est créée l'Aden Trade Union Congress (ATUC), qui réunit la plupart des syndicats créés à la suite de précédentes grèves.

Ø      Le 1er janvier 1963 est créé à Taez le premier syndicat ouvrier yéménite.

Ø      1990 est une date charnière dans l’histoire du Yémen : c’est l’unification des deux Yémen : le Yémen du Nord, ou République Arabe du Yémen, et le Yémen du Sud, sous influence soviétique. La République est proclamée le 22 mai 1990. La Constitution date du 16 mai 1991 et fut amendée le 29 septembre 1994, après une brève mais sanglante guerre civile. Le multipartisme, la liberté de la presse et le droit d’association (donc le droit syndical) sont garantis par cette Constitution.

 

Le système syndical et les libertés au Yémen

Tout comme ses voisins jordanien, syrien et koweïtien, le Yémen conserve son système à syndicat unique, où les droits de négociation sont limités et le droit de grève est frappé de fortes restrictions.

Ainsi tous les syndicats du Yémen doivent être affiliés à la Fédération Générale des Syndicats des Travailleurs du Yémen (GFWTUY). Cette Fédération Générale des Syndicats des travailleurs du Yémen regroupe 14 syndicats et 350 000 travailleurs. Cette organisation est affiliée à la Confédération des syndicats Arabes, et depuis novembre 2001 avec la Confédération Internationale des Syndicats Libres, basée à Bruxelles.

 

Le rôle de l’Etat

L’ingérence de l’Etat dans les affaires syndicales reste de mise. Les observateurs internationaux s’accordent pour souligner que le gouvernement ne tolèrerait pas la mise en place d’une autre organisation syndicale fédéraliste, à moins que celle-ci ne serve encore mieux les intérêts du gouvernement en place. Il est d’ailleurs démontré que le gouvernement a, à plusieurs occasions, tenté de contrôler des syndicats ainsi que la fédération syndicale en désignant ses propres agents à des postes influents.

Et la législation en vigueur, si elle reconnaît le droit d'organisation et n’interdit pas la création de nouveaux syndicats, en limite la portée, puisque tous les syndicats doivent être affiliés à la GFWTUY, l'unique organisation syndicale à l'échelon national.

 

 

 

 


Des restrictions fortes

Certaines catégories de personnel n’ont pas accès à ce droit de syndicalisation : ainsi, les fonctionnaires publics et les travailleurs immigrés n’ont pas la possibilité d’adhérer à un syndicat.  Au niveau des négociations collectives, les travailleurs ont le droit de s'y engager, mais le ministère du Travail a le pouvoir d'opposer son veto à toute convention collective. Les conventions " susceptibles de constituer une atteinte à la sûreté ou de nuire aux intérêts économiques du pays " peuvent être annulées.

 

 

 

 

 

Le « droit » de grève

La législation dans ce domaine reste très peu démocratique. Un appel à la grève n'est autorisé qu'une fois les procédures de règlement des différends achevées et les différends peuvent être soumis à un arbitrage obligatoire à la demande d'une seule des parties. Dans ce cas, la grève peut être suspendue pendant 85 jours. La proposition de grève doit être présentée à 60% au moins des travailleurs concernés et doit obtenir le soutien de 25% de ceux-ci. L'appel à la grève doit concerner plus des deux tiers de la main-d'œuvre de l'employeur. Le syndicat devra obtenir un permis de grève auprès de la GFWTUY et donner un préavis de trois semaines.

De plus, les grèves sont interdites dans certains secteurs tels que les ports, les lignes aériennes et les hôpitaux.

 

 

La discrimination syndicale

Elle est fortement présente au Yémen : la GFWTU a indiqué que des cas d'arrestations et de détentions de syndicalistes liées à leurs activités syndicales subsistaient. En raison du manque de protection des syndicalistes par les autorités dans la législation, ceux-ci font l'objet d'actes de discrimination qui peuvent prendre la forme de transferts, de rétrogradations et licenciements, en particulier dans le secteur privé.

De plus, de nombreux employeurs du secteur privé refusent aux travailleurs le droit de se syndiquer alors que, tant dans les secteurs public que privé, de nombreux employeurs n'autorisent pas les syndicats à mener de négociations collectives.

 

 

Paradoxalement, la situation des femmes s’améliore sur le marché du travail…

Comme le rappelle Hakima Ahmad Al-Rekhemi, 32 ans, dans un interview en ligne sur le site de la Confédération des Syndicats Libres, et retranscrit intégralement à la fin de cette page, la situation des femmes sur le marché du travail s’améliore progressivement, et en particulier dans le domaine de la participation féminine au sein des syndicats. Mais c’est plus précisément le rôle de ces syndicats dans le processus de modernisation de la société yéménite et dans la libération sociale des femmes que Hakima souligne.

 

 

L’aide occidentale et canadienne

Pour tenter de remédier à ces problèmes et d’apporter une meilleure perception de la syndicalisation et du respect des libertés individuelles, un programme d'éducation syndicale en partenariat avec l’Agence canadienne de développement international a notamment été mis en place dès 1998, ayant pour buts d’aider les dirigeants syndicaux à développer leur capacité de fournir de l'éducation et une formation sur les thèmes de la santé au travail, de la sécurité et de l'environnement. L'accent est mis en particulier sur les conditions de travail des femmes. Le renforcement des capacités des syndicats constitue une étape importante de la promotion des droits de la personne, de la croissance de la société civile et du développement démocratique. Ce projet comporte également un volet de formation en langue anglaise pour aider les chefs syndicaux yéménites à participer à des discussions et à l'échange d'information dans la région et à l'échelle mondiale.
 

 

 

 

 

 


Entretien

“La première priorité pour les femmes yéménites, c’est l’éducation”


Bruxelles, le 3 mars 2005 (CISL En Ligne) : Hakima Ahmad Al-Rekhemi, 32 ans, est assistante médicale, spécialisée comme aide sage-femme. Travaillant à la fois dans un service de santé public, et dans une clinique privée, elle est responsable de la section des femmes de son syndicat, basé à Thama (à une centaine de kilomètres au sud de Sanaa). Pour lutter contre la pauvreté et pour l’émancipation des femmes, elle souligne l’importance des programmes syndicaux d’éducation des femmes.

Quelle est la situation des femmes travailleuses dans le secteur de la santé au Yémen?

Elles font face à beaucoup de discriminations. L’inégalité salariale est fréquente, et surtout, en matière de promotion, la priorité est donnée aux hommes. Même si les femmes sont très qualifiées, elles sont bloquées. Dans les syndicats, c’est pareil. Maintenant, grâce au travail de sensibilisation pour faire comprendre aux hommes que les femmes aussi ont des capacités, on est parvenu à ce que 35 femmes soient élues comme responsables syndicales dans ma région, représentant un total de 1.500 travailleuses syndiquées dans cette même région.

Comment avez-vous commencé vos activités syndicales?

Je suis membre du syndicat du secteur de la santé depuis 1992. Il y a deux ans, à la faveur des premières élections à se tenir dans son syndicat (avant, les postes étaient attribués par nomination), j’ai été élue à la tête de la section des femmes, poste auquel j’ai été réélue il y a quelques mois. De 1992 à 1997, j’ai participé à la mise sur pied d’un programme éducatif soutenu par notre centrale nationale qui consiste à offrir une formation dans le domaine de la santé aux femmes yéménites, afin de renforcer la situation des femmes dans notre pays. Avec le diplôme qu’elles obtiennent à l’issue du programme éducatif, les femmes reçoivent aussi l’assurance du gouvernement de trouver un emploi.

Quels sont les obstacles principaux à une plus grande participation des femmes sur le marché du travail et dans les syndicats ?

Le problème général vraiment fondamental, c’est le niveau d’éducation qui est vraiment très bas. Le taux d’analphabétisme chez les femmes est terrible (plus de 70% dans les zones rurales). La pauvreté extrême rend l’accès à l’éducation très difficile pour les filles des régions les moins développées. Les mentalités traditionnelles aussi freinent les femmes.
Ca commence à évoluer un peu positivement, il y a par exemple plus de femmes qui s’impliquent notamment sur le plan politique, mais c’est encore une très petite minorité. Pour trois millions de femmes au Yémen, nous n’avons qu’une seule femme ministre !

Votre syndicat développe-t-il des activités spécifiques pour les femmes actives dans l’économie informelle ?

Oui, dans ma région, on a mis en place des comités qui ciblent les femmes de l’économie informelle, dans le but de les motiver à se syndiquer. Ces comités organisent des programmes de sensibilisation de ces travailleuses à leurs droits. Elles sont encouragées à s’exprimer librement, à formuler leurs besoins. C’est sur base de leurs propres demandes qu’on les aide par exemple à organiser au mieux leur production d’articles d’artisanat et à en assurer le marketing. C’est une façon de les motiver qui rencontre beaucoup de succès.

Concrètement, comment les femmes font-elles pour participer aux activités syndicales tout en assumant leurs responsabilités familiales qui reposent inévitablement sur leurs épaules?

Je suis veuve, j’ai seulement une petite fille, alors ce n’est pas trop difficile pour moi d’assumer mes responsabilités syndicales en parallèle avec mes activités familiales et professionnelles. Mais c’est vrai que pour beaucoup d’autres femmes, c’est très difficile. C’est pourquoi on organise nos ateliers dans l’après-midi, c’est plus facile pour les femmes de s’organiser pour travailler le matin et pour assurer leurs tâches familiales. C’est très important pour nous de tenir compte des contraintes des femmes pour faciliter au maximum leur participation. La plupart s’organisent très longtemps à l’avance pour pouvoir venir, et elles se préparent pour nos réunions comme si elles allaient à une fête. Mais il n’empêche que seul un très petit nombre de femmes y participent. Il y a encore un très long chemin à parcourir…. Il faudrait aussi donner les mêmes opportunités à toutes les régions. Les activités de la centrale syndicale sont trop centralisées sur Sanaa, tandis que les autres régions sont un peu délaissées.

Propos recueillis par Natacha David.

 

 

Sources, et si vous désirez approfondir la question…

http://www.icftu.org/list.asp?Type=ALL&Order=Date&Language=FR&STEXT=y%E9men

http://www.missioneco.org/yemen/index.asp

http://fr.wikipedia.org/wiki/Y%C3%A9men

http://www.odci.gov/cia/publications/factbook/print/ym.html

http://www.odci.gov/cia/publications/factbook/geos/ym.html

 

 

Portrait réalisé par Thibaut YVEN dans le cadre du cours GIE 64375 « Relations humaines dans les affaires internationales », programme de MBA en gestion internationale de l’Université Laval, professeur Gérard Verna.