Свабодны Прафсюз Беларускі (СПБ)

BelarusLe Syndicat Libre de Biélorussie (SLB)

 

 


 

 

 

Un peu d’histoire

 

 

La République du Belarus

 

Le territoire de la République du Belarus a toujours été envahi, soit par la Pologne, soit par la Lituanie, soit par l’ex Union Soviétique. En 1945, alors que c’est encore la République soviétique socialiste de Biélorussie (RSSB), elle devient membre des Nations unies, puis en 1954, membre de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Jusque dans les années 1980, la RSSB a un des plus hauts niveaux de vie des républiques de l’ex Union Soviétique. Mais la catastrophe de Tchernobyl en 1986 aura des répercussions humaines et économiques terribles pour le pays, 70% des retombées radioactives touchent presque tout le territoire. Un vent de contestation contre le pouvoir souffle sur le pays qui voit la naissance d’un parti politique qui s’oppose au Parti Communiste de l’Union Soviétique (PCUS), le Front Populaire de Biélorussie (FPB). Des manifestations sont organisées contre le PCUS et la découverte de fosses communes de Kourapaty près de Minsk, la capitale, met le feu aux poudres. Mais dans un pays où la population n’a pas l’habitude de contester, la mobilisation s’essouffle rapidement. Le 27 juillet 1990, suivant le mouvement de l’Ukraine et des États Baltes, la Biélorussie déclare sa souveraineté et le 25 août 1991, le Soviet suprême de Minsk déclare l’indépendance du pays. Le mois suivant, la Biélorussie devient la République du Belarus.

 

 

Le syndicalisme soviétique

 

Du temps de l’URSS, selon les articles 6 et 7 de la Constitution, « le parti communiste était la force de direction et d’orientation, les syndicats devaient participer à la gestion de l’État et des affaires publiques et aux décisions dans les domaines politique, économique, social et culturel». Il n’y avait donc pas de place pour le pluralisme syndical[1]. Selon cette idéologie, les syndicats indépendants n’avaient aucune raison d’être puisque l’État s’occupait de tout pour les travailleurs via le syndicat unique. C’était une organisation verticale rigide, du haut vers le bas, le taux de syndicalisation avoisinait les 100% et les employés et la direction faisaient partie du même syndicat. La grève n’était pas formellement interdite, mais peu s’y sont risqués, et puis contre qui faire grève puisque selon l’idéologie du socialisme soviétique les moyens de production appartenaient à tous les travailleurs.

La règle du syndicat unique a été abrogée en 1990.

 

 

Le syndicalisme biélorusse

 

À la fin des années 1980, suite aux mouvements de contestation qui voient le jour, le mouvement syndical se met à bouger également. En 1987, lors du XVIème Congrès des syndicats de Biélorussie, les syndicats décident qu’ils doivent servir « la protection des intérêts des travailleurs ». En 1990, la première centrale syndicale voit le jour, la Fédération des Syndicats de la Biélorussie (FSB).

 

En avril 1991, suite à une énième augmentation des prix, dans un climat de contestation contre le pouvoir, on assiste à un soulèvement populaire. Des comités de grève se mettent en place sans trop d’organisation et plusieurs syndicats indépendants voient le jour lors de ces manifestations. Le SLB est issu de l’un de ces comités.

 

Le paysage syndical change radicalement entre 1990 et 1992. D’un syndicat unique émanation du pouvoir politique, on passe alors à deux centrales syndicales indépendantes, la Fédération des Syndicats de Biélorussie (FSB) présidée par W. Goncharik et le Congrès des Syndicats Démocratiques de Biélorussie (CSDB) présidé par G. Bykov qui regroupent les cinq syndicats indépendants les plus importants du pays.

 

De 1991 à 1993, la législation concernant les syndicats s’assouplit et désormais le principe de pluralisme pour les partis politiques et les organisations publiques est accepté, on reconnaît l’indépendance des syndicats, les citoyens ont le droit de constituer de leur initiative propre les syndicats de leur choix et celui d’adhérer à un syndicat et enfin, les syndicats sont tenus de s’enregistrer.

 

 

Le Syndicat Libre de Biélorussie[2]

 

Le SLB est une organisation publique nationale de travailleurs unifiés pour exprimer et défendre leurs intérêts professionnels, leurs droits socio-économiques et qui sont issus des secteurs d’activités suivants : la métallurgie, l’énergie, les transports, la chimie, de l’enseignement et du corps médical.

 

Le SLB est composé de syndicats locaux ayant au moins trois membres. Ces syndicats locaux peuvent créer des branches et des organisations régionales.

 

L’organigramme du SLB :

·             La Convention, la plus instance du syndicat

·             Le Conseil, qui siège entre chaque convention

·             Le Comté Exécutif, qui coordonne l’action du SLB

·             La Commission de Contrôle et d’Audit

·             Le Directeur Général, qui est élu à bulletin secret (Guennady Bykov depuis le 24 avril 1999)

 

Pour être membre du SLB, il faut avoir au moins 14 ans, adhérer aux statuts du SLB, être salarié, étudiant, retraité ou chômeur. Les chefs d’entreprises ne peuvent pas adhérer au SLB.

 

La raison d’être du SLB :

La protection et la défense des droits et des intérêts des membres, leur permettre une rémunération juste et décente, de meilleures conditions d’hygiène et de sécurité et autres garanties sociales.

 

Pour ce faire, ses activités principales sont :

·             permettre une rémunération décente pour les membres du SLB

·             protéger et défendre les intérêts des membres du SLB auprès du gouvernement et autres organes du pouvoir

·             négocier et signer des Conventions Collectives, des accords sur les salaires, sur le temps de travail et de repos

·             promouvoir l’éducation et la formation des membres du SLB

·             financer les budgets à caractères sociaux (protection de la santé et logement), crédit et autres fonds nécessaires pour les membres du syndicat

·             promouvoir une politique d’information par l’utilisation de publications et de tracts

·             contrôler le respect de la législation du travail, participer aux enquêtes en cas d’accidents

·             représenter les intérêts des membres du SLB dans les processus de privatisation et de dénationalisation des entreprises

·             organiser des grèves et toute autre forme de contestation dans les entreprises, les institutions, les organisations et autres structures qui violent les droits et les intérêts des membres du SLB

·             préparer des manifestations pour défendre et promouvoir les intérêts des membres du SLB

·             informer les travailleurs des activités des syndicats des autres pays

·             entreprendre toute autre forme de contestation n’allant pas à l’encontre de la législation existante

·             le SLB est une organisation qui n’est affiliée à aucun parti politique mais qui maintient, malgré tout, des contacts avec des partis pour sensibiliser à la protection des droits des travailleurs

·             le SLB coopère avec des organisations de femmes et de jeunes d’orientation démocratique ainsi qu’avec des syndicats nationaux et des organisations publiques en Allemagne, Lituanie, Pologne, Russie, Suède, Royaume-Uni, États-unis et d’autres pays.

·             Le SLB oriente ses activités à la promotion de l’indépendance du Belarus et au développement d’une société civile démocratique dans l’objectif de promouvoir des réformes économiques dans l’intérêt de l’ensemble des membres de la société.

 

 

Le 16 novembre 1991, la Convention Constitutionnelle du SLB est ratifiée. Mais il faudra attendre juillet 1992 pour que le syndicat puisse s’enregistrer et donc être officialisé. De 1992 à 1995, les conditions économiques des Biélorusses se détériorent.

 

Le 17 août 1995, le SLB organise une grève des conducteurs du métro de Minsk pour protester contre le retard des paiements des salaires et la violation de leur employeur de certains accords de la Convention Collective. Au bout de quatre jours, le mouvement sera réprimé très durement par les forces de police spéciale du Ministère de l’Intérieur (OMON), plusieurs arrestations « musclées » ont lieu, notamment de dirigeants de syndicats et principalement du SLB. G. Bykov, le président du SLB a été arrêté, interrogé et jugé en deux jours, puis emprisonné pendant dix jours, avec d’autres représentants syndicaux. Les 21 et 22 août, les bureaux du SLB ont été perquisitionnés, fouillés, les comptes ont été gelés, le cachet officiel du syndicat a été saisi et les scellés ont été mis aux portes des bureaux. Des grévistes ont été licenciés. Le 21 août, le décret n°336 du Président de la République du Belarus[3], « ordonne la suspension des activités du SLB et de l’organisation locale du métro de Minsk […] jusqu’à ce que les changements pertinents aient été apportés par la loi sur les Syndicats de la République du Belarus, au ministère public de requérir en justice l’interdiction des activités du SLB ». Le décret présidentiel sera déclaré inconstitutionnel par la Cour constitutionnelle en octobre 1995. Ces évènements ont fait l’objet d’une plainte contre le gouvernement du Belarus auprès  de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) pour violation du droit de grève, arrestation de dirigeants syndicaux, législation imposant des restrictions à la liberté syndicale.

 

En mai 1996, le Syndicat polonais Solidarnosc est venu rendre visite au SLB et après avoir tenu un meeting s’est fait expulsé du pays. G. BYKOV, ainsi que le vice-président du SLB, P. MOYSEYEVITCH, ont reçu une assignation. Le Président de la République du Belarus, A. LOUKACHENKO, a demandé à ce que le décret n°336 soit appliqué à l’encontre du SLB dont les activités ont de nouveau été suspendues. Ceci a fait l’objet d’une plainte de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) auprès de l’OIT contre le gouvernement du Belarus.

 

En 1999, le gouvernement fait passer un nouveau décret obligeant les syndicats à se faire réenregistrer, selon une procédure longue, onéreuse et administrativement très lourde. Le SLB réussit enfin à se faire enregistrer le 30 juillet 1999. Mais toutes les branches du SLB n’ont pas pu être enregistrées, et aujourd’hui il ressort « que l’obligation de réenregistrement a eu des conséquences néfastes pour le SLB puisque celui-ci est devenu pratiquement inexistant au niveau local »[4].

 

 

Les réactions internationales

 

Les réactions internationales à ces évènements sont nombreuses.

 

Concernant le décret n°336, le Parlement européen demande son annulation le 30.10.1991[5]

 

Neuf plaintes ont été adressées à l’OIT contre le gouvernement du Belarus, déposées par les principaux syndicats indépendants du Belarus, par la Confédération internationale des Syndicats Libres (CISL) et par l’Organisation mondiale du travail (OMT) entre 1995 et 2003. Concernant la plainte n°2090 évoquée plus haut, 14 délégués travailleurs représentant leurs 14 pays se sont associés au dépôt de cette plainte pour inexécution de la convention 87 sur la liberté syndicale et la protection de droit syndical et la Convention 98 sur le droit d’organisation et de négociation collective le 18 juin 2003.

 

Dans ses rapports annuels de 2000, 2001, 2002, 2003, et 2004, la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL) fait état des « violations des droits syndicaux en République du Belarus » et dénonce le régime du président Loukachenko.

 

Les États-unis ont promulgué le 3 avril 2003 le « Belarus Democracy Act of 2003 » qui est une « to provide for the promotion of democracy, human rights, and rule of law in the Republic of Belarus and for the consolidation and strengthening of Belarus sovereignty and independence » et qui définit les sanctions économiques qui seront prises à l’encontre du Belarus tant que les droits des citoyens ne seront pas respectés.[6]

 

L’Organisation Internationale du travail a décidé le 23 novembre 2003 d’ouvrir une enquête sur « les violations des droits syndicaux au Belarus ». C’est « la procédure la plus sévère que peut engager l’OIT à l’égard d’un de ses membres »[7].

 

La Commission européenne a accepté le 14 février 2004, à la demande des syndicats, d’ouvrir également une enquête, dans le cadre des dispositions du Système de préférences généralisées (SPG) de l’Union Européenne.

 

La Commission d’enquête a publié son rapport le 8 octobre 2004. La Commission a analysé les plaintes déposées par les différentes organisations syndicales, n° 1849 et 1885, mais surtout la n°2090, sue les cinq thèmes suivants : la législation du travail et son application, les obstacles à l’activité syndicale, l’intervention extérieure dans les affaires des syndicats, les arrestations et placements en détention ou autres mesures de rétorsion et le partenariat social.[8] Elle a donné ses conclusions et ses remarques par sujet : le décret n°2 relatif à l’enregistrement des syndicats ;  interventions extérieures dans les affaires des syndicats ; discrimination anti-syndicale, harcèlement et représailles ; législation ayant des répercussions sur les syndicats ; dialogue social et questions d’ordre général[9].

 

Pour la Commission, « Toutes les recommandations peuvent et devraient être exécutées sans délai » et certaines d’entre elles « devraient être mises en œuvre au 1er juin 2005[10].

 

 

 

 

Sources

 

 

Confédération Internationale des Syndicats Libres [en ligne]

Rapports annuels 2000, 2001, 2002, 2003 et 2004

Dossier Belarus des articles du CISL EN LIGNE

http://www.icftu.org

 

 

Carte du Belarus [en ligne]

http://www.ebrd.com/country/country/belarus/main.htm

 

 

International League for Human Right [en ligne]

http://www.ilhr.org/ilhr/regional/belarus/updates/2000/05.htm

 

 

Rapport de la Commission d’enquête sur les droits syndicaux au Belarus, juillet 2004, Bureau International du Travail, Genève [en ligne]

http://www.ilo.org/public/french/standards/relm/gb/docs/gb291/pdf/ci-belarus.pdf

 

 

Site Internet du SLB [en ligne]

http://www.jimflack.co.uk/belarus/bftu.html

 

 

International Labour Organization [en ligne]

« Violation of workers’ rights in Belarus »

http://www.ilo.org/public/english/dialogue/actrav/new/wg/belarus.htm

 

 

ATTAC [en ligne]

Dossier – Le mouvement ouvrier en Belarus

http://www.france.attac.org/il268

 

 

 

« Biélorussie – Il faut mettre fin au harcèlement des syndicats indépendants et de leurs membres » [en ligne]

http://web.amnesty.org/librairy/print/FRAEUR490122004

 

 

Ambassade de France - Communiqué de presse sur les Régimes Préférentiels

http://www.ambafrance-by.org/article.php3?id_article=276

 

 

Histoire de la Biélorussie de 1986 à 1996 [en ligne]

http://www.belarusguide.com/as/law_pol/politics.html

 

 

 

 

 

 

 

 

Portrait réalisé par Corinne Béguerie-Goddaert dans le cadre du cours GIE 64375, « Relations Humaines dans les Affaires Internationales ». Programme de Maîtrise sur mesure en communication et culture en contexte international de l’Université Laval, Professeur Gérard Verna.

 



[1] Rapport de la Commission d’enquête sur les droits syndicaux au Belarus, juillet 2004, Bureau International du Travail, Genève [en ligne], http://www.ilo.org/public/french/standards/relm/gb/docs/gb291/pdf/ci-belarus.pdf, art. 107

 

[2] http://www.jimflack.co.uk/belarus/bftu.htm, site du Syndicat Libre de Biélorussie

 

[3] Plainte contre le gouvernement du Belarus, Rapport n°302, cas n°1849, p. 5

 

[4] Rapport de la Commission d’enquête sur les droits syndicaux au Belarus, juillet 2004, Bureau International du Travail, Genève [en ligne], http://www.ilo.org/public/french/standards/relm/gb/docs/gb291/pdf/ci-belarus.pdf, article 223

 

[5] http://europa.eu.int/abc/doc/off/bull/fr/9510/p102004.htm, 1.2.4. Résolution du Parlement européen sur la Biélorussie, JO C 287 du 30.10.1995

 

[7] http://www.icftu.org/displaydocument.asp?Index=991219191&Language=FR, ICFTU ONLINE, Belarus ouverture de l’enquête du BIT sur les violations des droits syndicaux, 16/04/2004

 

[8] Rapport de la Commission d’enquête sur les droits syndicaux au Belarus, juillet 2004, Bureau International du Travail, Genève [en ligne], http://www.ilo.org/public/french/standards/relm/gb/docs/gb291/pdf/ci-belarus.pdf,, art 219

 

[9] Ibid art 589

 

[10] Ibid art 635