
CUBA, RÉVOLUTION SYNDICALE?
« Hasta la victoria siempre ». Nul besoin d’être hispanophone pour saisir
la force et la portée de cette déclaration de Che Guevara. Cette phrase a fait le
tour du monde et est désormais associée à des degrés variables à la révolution
et à Cuba. À l’heure de l’altermondialisation
et des forums sociaux, quel rôle jouent les syndicats cubains? Quels en
sont les leaders? Quels liens unissent les syndicats au pouvoir de Castro? À
toutes ces questions et à d’autres encore, nous répondrons plus loin dans le texte.
HISTOIRE DU SYNDICALISME CUBAIN
Selon Mario Rieira Hernandez, l’activité syndicale cubaine
remonte à 1574, année au cours de laquelle des casseurs de cailloux déclenchent
une grève en vue d’obtenir de meilleurs salaires et une réduction de leur temps de travail.
Pour d’autres, l’organisation syndicale est héritée de corporaciones et gremios propres à l’Espagne médiévale. Ces groupes évolueront au
fils des ans pour devenir des sortes d’associations sans but lucratif mais mutuellement bénéfiques à leurs membres et
glisser vers le syndicalisme vers le 19ième siècle.
Au cours de cette transition, ils ont compté sur l’appui de
moyens de diffusion tels que des journaux dont
Au début des années 1930, le syndicalisme cubain est bien
implanté et compte des représentants de toutes les branches commerciales et
économiques. Des associations de travailleurs s’activent dans de nombreux
domaines : industrie sucrière, transports, industrie alimentaire,
chauffeurs de camionnettes, ou encore chauffeurs de taxis.
En 1937, le Secrétariat cubain à l’emploi dénombre
l’existence de 558 syndicats de travailleurs, dont 130 pour la seule province
de
Avec l’accord du gouvernement de Batista, cette volonté
aboutit mais demeure dévoyée. En effet, les représentants syndicaux qui
refusent de prêter allégeance au gouvernement sont écartés et ils ne sont pas
invités à s’exprimer lors du congrès fondateur.
D’ailleurs, ce dernier se tient en présence du ministre de
l’emploi qui ne fait guère mystère de sa volonté d’instrumentaliser la
structure naissante. À ses côtés siègent le président de la jeune Confédération
des travailleurs d’Amérique latine fondée en 1937 et l’Américain John Kowner
président du Congrès des travailleurs industriels des USA, alors partenaires
privilégiés de l’Île. À l’issue de ce congrès,
Chacune de ces fédérations se constitue en fonction de son
secteur d’activité. Au cours de la même année, une quantité de résolutions importantes
sont adoptées : un salaire journalier minimum de 1,5 dollars pour les
travailleurs du secteur de l’industrie ou encore 1,2 dollars pour les ouvriers
agricoles.
Dans la foulée les leaders exigent l’amélioration du sort
des travailleurs de l’industrie du sucre et revendiquent le retour du droit de
grève et la levée des restrictions de l’activité syndicale en vigueur depuis
1934.
Cela dit, l’orientation communiste est clairement
perceptible; les postes de présidence de fédération sont assurés ou assistés
par des communistes, alors que le président de
En 1940, Cuba adopte sous Batista une Constitution
progressiste tant au plan des libertés syndicales que politiques. C’est un acte
majeur qui reçoit même la considération du parti communiste sous l’ère de Fidel
Castro.
En 1947,
En 1961,
CENTRALE DES TRAVAILLEURS
CUBAINS : SYNDICAT UNIQUE POUR PARTI UNIQUE
Au total, le pays compte 18 unions nationales défendant les
intérêts de 3 millions de travailleurs affiliés.
L’ÉTAT ET L’ACTIVITÉ SYNDICALE AUJOURD’HUI
Cuba connaît un régime d’inspiration marxiste. L’État
emploie de près ou de loin près de 86% de la population active et surveille de
très près l’activité syndicale. D’ailleurs ce secteur reste le plus contrôlé
par l’État.
Cette situation a été déplorée par les organisations
syndicales internationales telles que l’Organisation internationale du Travail,
qui accusent le régime de bafouer les traités relatifs à l’organisation du
travail, notamment
Dans les faits, le syndicat reste à la disposition du
gouvernement, rejette en masse les accusations de violation des droits de
l’Homme venant de l’étranger et clame la bonne foi du gouvernement. Dans une
lettre adressée en 2003 au secrétaire général de
Dans une perspective plus poignante, le syndicat est
également monté au créneau pour dénoncer l’embargo sur les médicaments
essentiels et exhorter le gouvernement australien à ne pas emboîter le pas aux
USA dans leur volonté d’isoler l’Île.
VERS UNE PLUS GRANDE LIBERTÉ SYNDICALE
La situation de monopole exercée par
Le 4 octobre 1991, bis
repetita. Cette fois, un ancien employé du port de
MOT FINAL
Le contexte politique cubain actuel est marqué par un retour
de la répression et une multiplication des tracasseries des leaders
d’opposition. Face à ces menaces, l’État resserre le contrôle syndical et voit
toute dérive comme une tentative orchestrée par des ennemis étrangers, de
bouleverser le régime. Il s’y ajoute que Cuba vient d’abolir la circulation du
dollar. Cette mesure pourrait accentuer la pression sur des travailleurs déjà
accablés par un embargo de plus de 40 ans et servir de prétexte à une grogne
sociale qui pourrait conduire le régime à lâcher du lest s’il entend durer.
SOURCES
Bibliographie
ALEXANDER, Robert
Jackson. A history of organized labor in
CORDOVA, Efren. Castro and the
Cuban labor movement :
statecraft and society in revolutionary period (1959-1961),
Internet
Site relatif à la situation politique à Cuba
http://www.cuba.cu/politica
Rapport du gouvernement américain
sur la liberté syndicale cubaine http://www.state.gov/p/wha/rls/fs/2001/fsjulydec/4889.htm
Rapport de l’organisation
internationale du travail sur les violations des droits des travailleurs dans
le monde, cas de Cuba
http://www.ilo.org/public/english/standards/relm/gb/docs/gb267/gb-7.htm
Portrait réalisé par Samba Khonté
Coulibaly dans le cadre du cours GIE 64375 « Relations humaines dans les Affaires
internationales », p MBA en Gestion internationale,Gérard Verna.