CUBA - Une rafle sans précédent contre les jeunes
Quatre cents adolescents, en majorité des Noirs, ont été jetés en prison par mesure de sécurité préventive. Une opération qui montre linquiétude du régime face au frémissement libéral qui secoue la jeunesse.
Quelque 400 jeunes Cubains ont été emprisonnés cette année à Cuba dans le cadre dune mesure de sécurité préventive, dénonce un rapport publié récemment par la Commission des droits de lhomme et de la réconciliation nationale (CCDHRN), un organisme local, bien entendu illégal. Le régime castriste na jamais lancé un tel coup de filet contre la jeunesse. Cette opération Contención [Endiguement] avait pour but darrêter des jeunes considérés comme dangereux et susceptibles de contester les règles de la morale socialiste. Ces jeunes ne sont par ailleurs coupables daucun délit.
Dans lhistoire contemporaine de Cuba, je nai pas le souvenir dune rafle dune telle ampleur contre des jeunes. Nous sommes en présence dune opération de nettoyage social, avec une inquiétante composante ethnique, explique depuis La Havane Elizaro Sánchez, le président de la CCDHRN. Sánchez observe que, parmi les jeunes arrêtés entre la mi-janvier et début avril, une forte majorité sont mulâtres ou noirs. Le rapport de la CCDHRN a ainsi analysé un échantillon représentatif de ces prévenus : sur 57 prisonniers dont il cite le nom, ladresse et lâge, 95 % sont de race noire.
Notre commission estime que toutes les personnes incarcérées sont juridiquement innocentes. Elles nont commis aucun délit et leur culpabilité na pas été établie au cours dun procès. Cest pourquoi nous exigeons leur libération immédiate, note le rapport. La dangerosité évoquée par le Code pénal cubain, datant de 1987, comprend entre autres létat divresse habituel et la toxicomanie. Les peines prévues pour ces comportements antisociaux vont de une à quatre années de prison. Mais les jeunes arrêtés ont tous été placés dans des quartiers de haute sécurité, alors que la loi cubaine stipule que de tels cas relèvent de mesures thérapeutiques et rééducatives moins sévères. La CCDHRN juge cette mesure totalement anticonstitutionnelle. Les détenus ont en moyenne 18 ans, et certains dentre eux nont pas plus de 16 ans. Ils ont tous été incarcérés à La Havane, même si la vague darrestations a également touché la province. De telles mesures reflètent la croissance continue du mécontentement populaire. Les jeunes nacceptent pas lintégration sociale que propose le gouvernement et ne sont pas enthousiasmés par les initiatives officielles, analyse Sánchez.
Lopération Endiguement a été déclenchée après que la presse officielle elle-même a dénoncé la multiplication dactes dindiscipline sociale dans le pays, notamment la vandalisation des téléphones publics, laugmentation des vols à la tire et des jets de pierres contre des autobus lors de leur passage dans les quartiers sensibles de la capitale.
Le rapport a été remis le 9 mai à des organismes internationaux, comme la Commission des droits de lhomme des Nations unies, lOrganisation des Etats américains (OEA), Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International. Sánchez sest par ailleurs dit préoccupé du nombre croissant de dissidents arrêtés ou que la police menace de mettre en accusation pour dangerosité prédélictuelle.
Bon nombre de ces jeunes ont participé activement au maleconazo [immense manifestation antigouvernementale qui a eu lieu en 1994 sur le Malecón, promenade côtière de La Havane], souligne le militant. De toute évidence, les autorités sinquiètent du malaise des jeunes, conclut-il. La CCDHRN souligne aussi quil y a des victimes collatérales à ces coups de filet que le gouvernement lance à intervalles réguliers. Car lemprisonnement de tous ces innocents laisse souvent sur le carreau des enfants, des vieillards et dautres parents de détenus. Parmi ces actions, citons en particulier les opérations lancées entre 1965 et 1967 contre les jeunes fourvoyés et coupés du processus révolutionnaire.
Wilfredo Cancio Isla - El Nuevo Herald Digital