Année cruciale pour la gauche latino-américaine

L'année 2003 promet d'être importante pour la gauche latino-américaine, avec le triomphe de M. Luiz Inácio « Lula » da Silva au Brésil et celui de M. Lucio Gutiérrez en Equateur, ainsi que la résistance de M. Hugo Chávez face à la tentative de déstabilisation de l'opposition vénézuélienne. Les prochaines élections présidentielles d'avril et de mai en Argentine et de 2004 en Uruguay seront capitales pour les projets d'intégration sud-américaine.

FÉVRIER 2003

Lorsque, considérée comme dépassée, la phase des dictatures latino-américaines laissa place, progressivement, aux régimes démocratiques, le président américain George Bush, devant une conférence du Conseil des Amériques, le 2 mai 1989, précisa sa pensée : « L'engagement dans la démocratie n'est qu'un élément dans la nouvelle association que j'envisage pour les nations des Amériques. Elle doit avoir pour visée la garantie que l'économie de marché survive, prospère et prévale. »

 

L'Amérique latine paie au prix fort le fait d'avoir été le laboratoire privilégié des expériences néolibérales. La ripaille financière qui a accompagné ces expérimentations en a fait l'une des régions les plus instables du monde en termes économiques, politiques et sociaux. De 120 millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté en 1980 on est passé à 214 millions en 2001 (43 % de la population), 92,8 millions connaissant les affres de l'indigence (18,6 % de la population) (1).

 

Durant son premier mandat, le président William Clinton ne franchit même pas le rio Grande, fleuve frontière avec le mexique voisin. Il ne visita aucun pays d'Amérique latine. Le sous-continent se « comportait » très bien, du point de vue alors prédominant du consensus de Washington (2). L'idée s'était peu à peu imposée qu'il n'existait pas de politique de remplacement aux durs ajustements recommandés par le Fonds monétaire international (FMI) et par la Banque mondiale, complétés par les politiques de « libre-échange » de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

 

Dans le cône Sud, la fin des dictatures avait coïncidé avec la généralisation des régimes démocratico-libéraux fleurissant sur tout le continent, à l'unique exception d'une petite île des Caraïbes, Cuba, considérée comme le modèle et la survivance de régimes non démocratiques.

 

M. Jorge Castaneda - qui deviendra par la suite l'un des mentors de la « troisième voie » latino-américaine, à travers le document connu comme le « Consensus de Buenos Aires (3) » - exprima ce moment de déroute de la gauche dans un ouvrage qui fit événement, L'Utopie désarmée (4). Marquant un virage à droite radical dans l'équilibre mondial, la disparition de l'Union soviétique et le triomphe des Etats-Unis dans la guerre froide coïncidaient sur le continent avec la défaite des sandinistes (1990), l'abandon de l'insurrection armée au Salvador (1992) et plus tard au Guatemala (1996).

 

A l'image de ce qui se passait en France avec M. François Mitterrand et en Espagne avec M. Felipe Gonzalez, la social-démocratie s'aligna sur les politiques néolibérales, tandis que le plus puissant parti communiste de l'Occident - l'italien - décrétait sa propre disparition. Le néolibéralisme, à son tour, trouva une bouffée d'oxygène avec la « troisième voie » de MM. Anthony Blair et William Clinton.

 

La crise mexicaine de 1994 avait bien marqué un coup d'arrêt à la phase de succès du néolibéralisme : l'intervention rapide du gouvernement Clinton donna l'impression qu'il pourrait ne s'agir que d'une crise passagère d'adaptation à un modèle hégémonique nouveau. Le Brésil rejoignit le consensus continental, avec le triomphe de M. Fernando Enrique Cardoso lors de cette même année 1994.

 

Que ce soit à travers sa conversion au modèle ou par impuissance, la gauche offrait le spectacle de la défaite. Le Parti de la révolution démocratique (PRD) au Mexique, le Front élargi en Uruguay, le Parti des travailleurs (PT) au Brésil, le Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN, ex-opposition armée devenue parti politique) au Salvador, pour ne parler que d'eux, apparaissaient comme des survivants incapables de résister à une offensive dévastatrice. Les syndicats se trouvaient sur la défensive face au chômage croissant, aux politiques de « flexibilité de l'emploi », à l'augmentation de la précarité des relations de travail. Les « nouveaux mouvements sociaux », comme on les qualifiait, avaient montré leurs limites dans leurs propositions de nouveaux axes de lutte.

 

En réalité, le triomphe du néolibéralisme et de son nouveau projet hégémonique ne peut être séparé du démantèlement de la gauche par les dictatures. Avec sa longue tradition de luttes pour les droits économiques et sociaux, son histoire de démocratie politique, le Chili n'aurait pas servi de fer de lance à ce projet sans la violente répression menée par le général Pinochet, qui détruisit toute l'ossature ayant fait de ce pays une référence latino-américaine et même mondiale. De la même façon, en Argentine, le gouvernement de M. Carlos Menem n'aurait pas été possible, ni la désastreuse politique de parité entre le dollar et le peso qui a mené le pays à la ruine.

 

Durant ces années de plomb, avec la mise en échec des dernières tentatives de la gauche pour mettre un terme aux inégalités sociales, la militarisation de l'Uruguay et le coup d'Etat au Chili avaient fait triompher la proposition « brésilienne » de dictatures militaires conforme à la doctrine de sécurité nationale née aux Etats-Unis. Mais un autre virage significatif influença fortement le continent latino-américain à partir de ce moment : le passage du plus important cycle long d'expansion du capitalisme international à un cycle long de récession.

 

L'héritage laissé par M. Clinton à son successeur est bien différent de celui qu'il avait reçu. M. George W. Bush se trouve face à une Amérique latine en pleine ébullition, qui vit sa pire crise depuis les années 1930. Son poids économique et politique dans le monde a diminué sensiblement ; dans des Etats aux économies fragilisées, les structures sociales se sont morcelées encore davantage, de larges secteurs de la population demeurant exclus des droits élémentaires. De l'Argentine à Haïti, de l'Uruguay au Nicaragua, du Pérou au Paraguay, du Venezuela à la Bolivie, de la Colombie à l'Equateur, potentielles ou ayant déjà éclaté, les crises se multiplient.

 

Ya basta ! La crise mexicaine de 1994 coïncida avec la première grande protestation internationale contre le libéralisme, émise par les zapatistes depuis les forêts du Chiapas. Par la suite, la résistance continentale a repris force, passant par les mobilisations des sans-terre au Brésil, les mouvements indigènes et de paysans en Equateur et en Bolivie, les luttes de résistance à la privatisation dans de nombreux pays. Ce renouveau a connu dans les forums sociaux mondiaux de Porto Alegre ses plus importants moments de réunion et de concertation.

Incertitudes au Venezuela

Dans ce contexte, 2003 promet d'être l'année la plus importante pour le continent latino-américain depuis 1973 :

 

La physionomie du continent sera donc différente à la fin de cette année. On connaîtra les possibilités des nouveaux gouvernements brésilien, équatorien et éventuellement argentin, de réussir leur marche vers une ère post-néolibérale ; ou on constatera leur échec, attaqués par les capitaux spéculatifs et par la dollarisation, ou même par une cooptation favorisant la continuité au lieu de la rupture avec les politiques en vigueur.

 

La différence essentielle de cette nouvelle période, par rapport à la précédente, ne tient pas seulement à l'affaiblissement de l'hégémonie néolibérale - même en tenant compte de tous les pièges tendus aux gouvernements qui veulent en finir avec elle. En moins d'une décennie, durant laquelle l'histoire du continent a paru figée dans l'étroit cadre économico-financier, une autre période s'est ouverte, où des espaces alternatifs dégagent, pour le mouvement populaire et ses mobilisations, des possibilités inédites d'intervention.

 

On a dépassé la phase pendant laquelle la résistance se limitait au plan social, sans pouvoir s'exprimer sur le plan politique national. Des gouvernements qui émanent des forces sociales contestataires peuvent devenir des interlocuteurs pour leurs revendications. L'arrivée de M. Evo Morales, appuyé sur les mouvements paysans et sur d'autres forces populaires, au second tour de l'élection présidentielle bolivienne, a montré comment ce potentiel trouvait un espace dans les institutions. La victoire de M. Gutiérrez en Equateur représente un dénouement électoral pour un bloc de forces sociales qui avaient participé à la résistance aux gouvernements néolibéraux et qui sont devenues une force politique électorale.

 

Cuba n'a pas sombré. Même s'il lui a fallu procéder à des ajustements de sa politique économique, l'île s'est maintenue à l'écart du consensus de Washington.

 

Le Venezuela n'a pu achever la mise en place des politiques néolibérales. Après l'échec des gouvernements de MM. Carlos Andrés Pérez et Rafael Caldera, le pays a finalement élu le premier président latino-américain qui se soit déclaré opposé au néolibéralisme, M. Hugo Chávez, porté par un mouvement de masse innovateur, même s'il n'avait que peu d'expérience de la politique et de l'organisation.

 

La crise vénézuélienne est révélatrice du hiatus entre le rythme d'épuisement des projets néolibéraux et le rythme de construction de nouvelles alternatives. La victoire de M. Chávez - avec le ton « bonapartiste » assumé par son gouvernement - remplit provisoirement ce vide, tandis qu'un mouvement populaire commence à se dessiner, renforcé par la politique sociale du gouvernement. Une course de vitesse a lieu entre le projet gouvernemental et la montée en puissance du mouvement populaire, d'une part, et l'articulation des propositions (inexistantes jusqu'à présent) de l'opposition. Du résultat de cette course et du succès ou non de la tentative ouverte de déstabilisation entamée avec le coup d'Etat du 11 avril 2002, et poursuivie depuis, dépend le cap que prendra le pays.

 

Autre cas de figure avec l'Argentine, où le décalage paraît encore plus profond entre l'épuisement du modèle hégémonique qui a prévalu durant deux décennies, l'éphémère « troisième voie » portée par M. Fernando de la Rua et le rythme de construction d'alternatives rendues indispensables par la profondeur de la crise sociale et de celle des élites traditionnelles. Dans des conditions différentes, le Venezuela et l'Argentine représentent un paradigme des bouleversements et des souffrances de l'accouchement qui voit surgir une nouvelle gauche dont la physionomie est incomplète dans le premier cas et ne se dessine pas encore dans le second.

 

Le Brésil et l'Equateur ont combiné jusqu'à présent, même si c'était par des voies distinctes, des éléments objectifs de la crise avec des facteurs subjectifs. Le Brésil était devenu le maillon le plus faible de la chaîne de domination imposée au continent, en rebâtissant, en même temps que se construisait le modèle néolibéral, une gauche sociale et politique. Celle-ci résista et, malgré de fortes tensions et des risques réels, elle arrive au pouvoir avec un projet politique de transition graduelle vers le post-néolibéralisme. Seul le fonctionnement concret de cette gauche permettra de définir son véritable profil.

 

« Le marché doit comprendre que les Brésiliens ont besoin de manger trois fois par jour et que beaucoup de gens ont faim », a déclaré M. da Silva immédiatement après son élection. Son programme parie sur l'alliance avec le capital productif - y compris le grand capital - contre le capital spéculatif, en jouant la carte de la baisse des taux d'intérêt pour relancer l'économie. Avec une meilleure répartition du revenu national, le développement du marché intérieur, la réforme agraire, priorité est accordée aux politiques sociales. De même qu'à la restructuration, à l'élargissement et au développement du Mercosur.

 

Comment éviter les pièges semés par le néolibéralisme ? Car le Brésil de M. Cardoso possédait un « secret » : les taux d'intérêt les plus élevés du monde. S'ils ont permis d'attirer le capital financier - et par là même de ramener la stabilité monétaire -, ils ont provoqué en retour une dépendance vis-à-vis de ce vecteur spéculatif. Celui-ci a fini par conduire le pays à la faillite à trois reprises depuis 1999 - dont deux fois en 2002. Ces moments difficiles furent surmontés grâce à de nouveaux trains de mesures du FMI.

 

La stabilité monétaire a été vécue par l'opinion publique comme une conquête, validée, lorsqu'il était candidat, par M. da Silva lui-même. Mais le maintien de cette stabilité implique, pour couvrir les déficits de la balance des paiements (5), la captation de capitaux au moyen de... taux d'intérêt élevés. La relance économique - clé du projet de « Lula » et de son alliance avec le capital productif - nécessite donc une sortie de l'impasse financière, dans des conditions très défavorables. La dévaluation de la monnaie - près de 25 % en 2002 - a provoqué une reprise de l'inflation - 25 % en un an -, avec ce que cela implique de revendications salariales et de nécessités d'un contrôle encore plus sévère des dépenses publiques.

 

Le gouvernement brésilien fait donc face d'entrée à une forte tension entre les secteurs qui privilégient le marché financier et ses exigences de stabilité monétaire - demandant le maintien de taux d'intérêt élevés - et les priorités sociales, la reprise du développement économique, la redistribution du revenu national, lesquels impliquent une baisse significative de ces taux d'intérêt.

 

En composant un premier gouvernement « pluriel », M. da Silva a cherché à s'assurer la confiance des marchés financiers, accréditant l'idée que, dans un premier temps, sera nécessaire une stratégie de transition, de sortie prudente du modèle en vigueur, compatible avec la mobilisation de ressources pour les priorités sociales. Cette stratégie laisse prévoir une première année très difficile, ne serait-ce que parce que le gouvernement travaille avec le budget le plus serré de la dernière décennie, héritage du gouvernement de M. Cardoso. M. da Silva peut compter sur un a priori très positif et un mandat électoral qui lui permettront d'administrer pendant un certain temps sans tensions. Reste à savoir si ce délai sera suffisant pour dénouer l'imbroglio financier et instaurer le cercle vertueux de la reprise économique, en assurant la transition vers un modèle post-néolibéral.

 

L'aspect le plus novateur et le plus audacieux du gouvernement de M. da Silva sera certainement sa politique internationale. Elle aura des répercussions sur tout le continent. Elle devra affronter la volonté d'hégémonie mondiale des Etats-Unis, particulièrement sensible sur ce continent, avec toutes les conséquences qui en découlent (6). L'affrontement autour de la ZLEA et du projet politique de restructuration du Mercosur constituera la première grande gageure de Brasilia. Repousser les délais de mise en oeuvre du vaste espace de domination du marché tout en tenant compte des intérêts des Etats-Unis pourrait permettre le développement de la stratégie brésilienne pour l'Amérique du Sud. Mais les Etats-Unis ont déjà averti, par la voix de M. Robert Zoellick, leur secrétaire au commerce : « Faute d'adhérer à la future zone de libre-échange, le Brésil devra commercer avec l'Antarctique ! »

 

En Equateur, M. Lucio Gutiérrez l'a emporté de façon encore plus surprenante que M. da Silva, tant par le caractère inédit de sa candidature qu'à cause de l'ensemble social et ethnique (le puissant mouvement indigène) qui l'a appuyé. La progression rapide des votes en sa faveur durant la phase finale de la campagne l'a conduit à un triomphe avec une large majorité de voix.

 

Son gouvernement affronte une difficulté majeure : il ne dispose pas de forces suffisantes pour sortir seul de la dollarisation. Celle-ci fut pourtant signalée pendant la campagne comme étant la racine des maux dont souffre le pays. Il sera impossible à M. Gutiérrez d'imposer à nouveau le sucre (l'ex-monnaie nationale) ou de créer une nouvelle le monnaie, avec une économie fragilisée. Son destin dépend, d'une certaine manière, du destin de la région, en particulier du choc entre le Mercosur et la ZLEA.

 

La composition de son gouvernement reflète également une combinaison hétérogène de forces destinée à tenter de conquérir la confiance des élites traditionnelles et, en même temps, à satisfaire la base sociale qui l'a élu. Il rencontre de plus grandes difficultés que « Lula » car le caractère inédit de sa victoire ne lui a pas permis de construire une base parlementaire suffisante ; il aura donc, face à lui, dès le début, un Congrès hostile qui a élu, à la direction du Parlement, des opposants à son gouvernement. On peut prévoir que dans très peu de temps se produiront des conflits directs entre le mouvement social et le Parlement dont les blocages ne manqueront pas de faire obstacle au projet de gouvernement.

 

Les premières mesures prises par M. Gutiérrez marquent les difficultés qui l'attendent. Trouvant une situation économique plus catastrophique que celle annoncée par le gouvernement précédent, et ayant passé un pré-accord avec le FMI, il a promis une « économie de guerre ». Dans ce cadre, il a annoncé une augmentation des combustibles (35 %), le gel des dépenses publiques, une réduction des salaires de la fonction publique (20 % pour toute personne gagnant plus de 1 000 euros par mois), tout en recommandant aux forces de l'ordre de ne pas réprimer les manifestations de protestation contre ces mesures.

 

On peut dire d'une certaine façon que la clé du futur immédiat de l'Amérique du Sud réside dans l'élection présidentielle de cette année en Argentine (28 avril pour le premier tour, 18 mai pour le second). Cette élection peut porter à la présidence un partenaire de M. da Silva pour la restructuration, le développement et l'élargissement du Mercosur, incluant un Parlement supranational et la création d'une monnaie commune. Les autres pays de la région y trouveraient un contexte plus favorable pour affronter leurs crises, à commencer par l'Equateur, qui pourrait sortir de la dollarisation avec une monnaie régionale. En Uruguay, où des élections générales auront lieu en 2004, le Front élargi est favori et l'on peut envisager l'élection d'un président qui s'identifierait au projet de renforcement de l'identité régionale.

 

On peut espérer que se produiront également des répercussions positives au Venezuela - avec un renforcement du gouvernement de M. Chávez -, au Paraguay - avec une nouvelle élection présidentielle - et dans d'autres pays en crise ouverte comme le Pérou et la Bolivie.

 

En Argentine, la candidate de centre-gauche Elisa Carrio, qui s'identifie le plus à la proposition brésilienne, occupe l'espace de la gauche, puisque l'autre candidat jouissant de sondages favorables - M Luis Zamora - refuse de présenter sa candidature, en estimant qu'il devrait y avoir des élections générales et pas seulement présidentielle. Cette position peut favoriser la victoire de M. Menem, l'artisan de la débâcle néolibérale, ou provoquer une polarisation contre lui. On pourrait voir apparaître alors un autre des candidats pressentis par le péronisme, candidat qui pourrait s'allier à M. da Silva ou représenter une forme intermédiaire d'accès à la dollarisation.

 

Sur une Argentine en plein désarroi, désabusée et rejetant sa classe politique, résonne le cri « Que se vayan todos ! » - « Qu'ils s'en aillent tous ! ». L'abstentionnisme, le vote nul et d'autres formes de protestation qui compromettraient la concentration des votes sur les candidats des forces de gauche - c'est-à-dire des forces anti-néolibérales - peuvent faire perdre la chance qui se présente pour la région d'effectuer un virage et de prendre en main les rênes de son destin en contribuant du même coup à la démocratisation des relations internationales à travers la pluralité et par le renforcement du Mercosur.

EMIR SADER


(1) « Panorama social de América latina 2001-2002 », Commission économique pour l'Amérique latine (Cepal), Santiago (Chili), 2002.

 

(2) Catéchisme de l'économie néolibérale, le consensus de Washington préconise la discipline fiscale, des taux de change « compétitifs », la libéralisation du commerce, les investissements étrangers, les privatisations et la déréglementation.

 

(3) Prétendant « humaniser » le néolibéralisme, le consensus de Buenos Aires fut signé, entre autres, par M. Ricardo Lagos (futur président chilien), M. Cuauhtemoc Cardenas (Parti de la révolution démocratique, maire de Mexico), son rival, leader de la droite mexicaine, Vicente Fox (futur président dont M. Castaneda deviendra ministre des affaires étrangères avant de démissionner en janvier 2003), M. Sergio Ramirez, ex-vice-président sandiniste au Nicaragua, M. Fernando de la Rua (futur éphémère président argentin), l'ex-président brésilien Itamar Franco et... M. Luiz Inacio « Lula » da Silva, dirigeant du Parti des travailleurs qui, ultérieurement reprendrait ses distances.

 

(4) Jorge Castaneda, L'Utopie désarmée, Grasset, Paris, 1994.

 

(5) Le déficit public a été multiplié par dix durant le plan de stabilité monétaire de M. Cardoso.

 

(6) Outre ses aspects économiques, cette politique est marquée par une intervention militaire désormais directe en Colombie et la tentative d'impliquer les nations régionales dans une intervention multinationale « humanitaire », prolongement du Plan Colombie.